On l’appelait « l’hôtel des rois » : Alphonse XIII d’Espagne y descendait si fidèlement qu’on lui gardait ses appartements, notre photographie de 1907 le montre sortant sous la marquise. Le Meurice, fondé en 1835 rue de Rivoli par Charles-Augustin Meurice, qui accueillait dès 1771 les voyageurs anglais à Calais avant de les mener à Paris -, est le doyen des palaces parisiens : salons Grand Siècle inspirés de Versailles, façade sur les Tuileries, distinction Palace dès 2011, et une collection d’histoires que nul autre hôtel au monde ne peut aligner.
Où se trouve Le Meurice ? Repères sur le plan de Paris
228 rue de Rivoli, 1er, sous les arcades face au jardin des Tuileries, métro Tuileries (1). Le musée de l’Orangerie et le musée des Arts décoratifs encadrent la promenade. Épingle sur notre carte de Paris.
Une histoire : du courrier de Calais au Dorchester
Charles-Augustin Meurice avait compris avant tout le monde ce qu’était l’hôtellerie de luxe : parler anglais, changer les devises, tout organiser. Son établissement de la rue Saint-Honoré migre en 1835 rue de Rivoli, se reconstruit en 1905-1907 dans le grand style, mosaïques, grilles dorées, salon Pompadour, et traverse le siècle en collectionnant les couronnes. En août 1944, l’histoire y retient son souffle : c’est dans la suite du gouverneur von Choltitz, au premier étage, que se joue le refus de dynamiter Paris, « Paris brûle-t-il ? » n’aura pas de réponse. La maison appartient aujourd’hui à la Dorchester Collection.
Les services : ce qui fait un palace
- 160 chambres et suites, dont la suite Belle Étoile et sa terrasse à 360° sur les Tuileries.
- Le restaurant gastronomique étoilé sous les ors du salon Pompadour, et le Dalí, brasserie de palace au plafond signé Ara Starck.
- La pâtisserie de Cédric Grolet, pâtissier le plus suivi du monde, ses fruits en trompe-l’œil se vendent aussi à emporter au comptoir de la rue de Castiglione.
- Bar 228, spa Valmont, voituriers et gouvernantes d’un autre temps.
Modalités et infos pratiques
- Adresse : 228 rue de Rivoli, 75001 Paris.
- Réservations : dorchestercollection.com.
- Sans dormir : goûter ou déjeuner au Dalí, cocktail au bar 228, pâtisseries Grolet à emporter, réservation vivement conseillée.
Petites histoires et grandes anecdotes
Salvador Dalí y prit ses quartiers un mois par an pendant trente ans, dans l’ancienne suite royale d’Alphonse XIII. On lui monta un jour un troupeau de moutons, il tira dessus à blanc -, une autre fois des mouches capturées, payées à la pièce, aux jardiniers des Tuileries. Le peintre réglait volontiers par chèque, sachant que nul n’encaisserait une signature qui valait plus que la note. La maison lui a dédié son restaurant : l’élégance a de la mémoire.
Nos conseils pour la visite
Passez la porte pour un chocolat chaud au Dalí un matin de semaine : les salons se contemplent alors sans foule. L’accord parfait : Meurice puis Nymphéas de l’Orangerie, et retour par les arcades jusqu’à la place Vendôme. Les curieux d’histoire pousseront jusqu’à l’hôtel de la Marine, l’autre balcon du pouvoir sur la Concorde.
Parce que les têtes couronnées s’y succédèrent dès le XIXe siècle, Alphonse XIII d’Espagne en tête, qui y conservait ses appartements, mais aussi les souverains du Monténégro, de Bulgarie ou du Danemark en visite à Paris.
L’hôtel servait de quartier général au gouverneur militaire allemand Dietrich von Choltitz : c’est là qu’il fut sommé de détruire Paris et qu’il n’exécuta pas l’ordre, avant d’y être capturé le 25 août 1944, l’épisode a inspiré « Paris brûle-t-il ? ».
Oui : le comptoir de pâtisserie du 6 rue de Castiglione vend à emporter les créations de Cédric Grolet, les files se forment tôt, ses fruits sculptés partent vite.
Un mois par an, environ trente ans durant : il occupait l’ancienne suite royale, y organisait happenings et caprices restés légendaires, le restaurant Le Dalí et son plafond peint lui rendent hommage.