Jean Dubuffet fit tout à rebours : théoricien de l’art brut contre la culture officielle, il organisa pourtant méthodiquement sa propre postérité en créant de son vivant, en 1973, la Fondation Dubuffet. Dans un hôtel particulier discret de la rue de Sèvres, elle conserve et montre l’univers du peintre-sculpteur : maquettes et praticables de l’Hourloupe, ce monde cellulaire rouge, bleu, blanc et noir né d’un griffonnage téléphonique, costumes du spectacle Coucou Bazar, archives et éditions du plus insoumis des maîtres français.
Où se trouve la fondation Dubuffet ? Repères sur le plan de Paris
137 rue de Sèvres, 6e, à la lisière du 15e, métro Duroc (10, 13). Le musée Valentin-Haüy est à trois minutes, le musée Bourdelle à dix. Épingle sur notre carte de Paris.
Une histoire : le marchand de vin devenu anti-peintre
Négociant en vins jusqu’à la quarantaine, Dubuffet explosa dans l’après-guerre avec ses matières épaisses, ses graffitis savants et sa collection d’œuvres d’internés et d’autodidactes, qu’il baptisa « art brut » (elle fit école, jusqu’à la Halle Saint-Pierre). L’Hourloupe l’occupa douze ans, du stylo bille aux architectures habitables : la fondation gère aussi la villa Falbala, son chef-d’œuvre bâti en région parisienne, visitable sur rendez-vous. Rue de Sèvres, l’accrochage tourne dans les pièces mêmes où l’artiste entreposait ses mondes.
Que voir ?
- Maquettes, praticables et sculptures de l’Hourloupe, le grand cycle 1962-1974.
- Les costumes-tableaux de Coucou Bazar, spectacle total de 1973.
- Peintures et dessins par rotations, des Matériologies aux Non-lieux.
- Archives, éditions et documents du théoricien de l’art brut.
Modalités et infos pratiques
- Adresse : 137 rue de Sèvres, 75006 Paris.
- Jours et horaires indicatifs : les après-midis en semaine, entrée douce ; villa Falbala sur rendez-vous, dubuffetfondation.com.
- Durée conseillée : 1 h.
Petites histoires et grandes anecdotes
L’Hourloupe naquit au téléphone : Dubuffet griffonnait au stylo bille rouge et bleu en écoutant ses interlocuteurs, et trouva dans ces entrelacs un monde entier, « l’Hourloupe », mot inventé pour sonner inquiétant et enfantin. Coucou Bazar fit danser ses tableaux à New York et Paris : des figurants sanglés dans des costumes rigides avançaient au millimètre, l’œuvre d’art littéralement vivante. La fondation conserve les instructions chorégraphiques du maître, maniaques et réjouissantes.
Nos conseils pour la visite
Appelez ou vérifiez les horaires avant de venir, la maison vit au rythme feutré d’une fondation d’artiste. Les passionnés compléteront le voyage brut à la Halle Saint-Pierre, et les curieux d’ateliers fileront chez Bourdelle : deux manières opposées, et parfaites, d’habiter la sculpture.
Le terme qu’il forgea en 1945 pour l’art des autodidactes hors du système (internés, médiums, solitaires) : des œuvres « brutes » de culture savante. Sa collection historique est à Lausanne ; la fondation parisienne conserve son œuvre propre.
L’univers de l’Hourloupe (maquettes, sculptures, praticables), les costumes de Coucou Bazar et des rotations de peintures et dessins, dans l’hôtel particulier où l’artiste organisa lui-même sa fondation en 1973.
Oui, sur rendez-vous auprès de la fondation : ce monument de l’Hourloupe bâti à Périgny-sur-Yerres, classé, abrite le Cabinet logologique, aboutissement du grand cycle.