Paris a sa promenade d’eau douce : le canal Saint-Martin, 4,6 kilomètres d’écluses, de passerelles bombées et de platanes penchés, creusés à partir de 1805 sur ordre de Napoléon pour abreuver et assainir la capitale. Longtemps artère ouvrière bordée d’entrepôts, il est devenu le décor de cinéma le plus tendre de la ville : Arletty y lança son « Atmosphère ! » (en studio), Amélie Poulain y fit des ricochets à l’écluse des Récollets, et les Parisiens en ont fait leur rive gauche du dimanche.
Où se trouve le canal Saint-Martin ? Repères sur le plan de Paris
Entre Bastille et la Villette ; le cœur battant va de République aux écluses des Récollets, quais de Valmy et de Jemmapes, 10e arrondissement, métro Jacques Bonsergent ou Goncourt. L’Hôtel du Nord veille au 102 quai de Jemmapes. Épingle sur notre carte de Paris.
Une histoire : l’eau de l’Ourcq et le génie des pentes
Financé par une taxe sur le vin, ouvert en 1825, le canal descend de vingt-cinq mètres entre le bassin de la Villette et la Seine : neuf écluses et deux ponts tournants font l’ascenseur aquatique, spectacle gratuit à chaque passage de péniche. Sous Haussmann, un tiers du canal disparut sous les voûtes du boulevard Richard-Lenoir : les péniches y glissent aujourd’hui dans une pénombre trouée de puits de lumière, jusqu’au port de l’Arsenal. Menacé de comblement pour une autoroute dans les années 1960, sauvé par les riverains, classé aux monuments historiques, il a troqué les dockers contre les guinguettes sans perdre son âme de faubourg.
Que voir, que vivre ?
- Le passage d’une écluse aux Récollets, cérémonie hydraulique de dix minutes qui arrête les passants.
- Les passerelles bombées, dont celle de la rue de la Grange-aux-Belles chère aux photographes.
- Une croisière sous la voûte de la Bastille, deux heures et demie d’un Paris souterrain méconnu.
- Les dimanches piétons : quais fermés aux voitures, vélos, pique-niques et pétanque.
Modalités et infos pratiques
- Accès : libre en permanence ; quais piétons les dimanches et jours fériés.
- Croisières : Canauxrama et Paris Canal, de l’Arsenal à la Villette, réservation en ligne.
- Pause : cafés et glaciers du quai de Valmy, guinguettes l’été au bassin de la Villette.
Petites histoires et grandes anecdotes
Tous les quinze ans environ, le canal est vidé pour entretien, et Paris accourt contempler le fond : vélos par centaines, trottinettes, scooters, coffres-forts et, en 2016, une voiture entière ; les poissons, eux, déménagent en camions-citernes. Les ricochets d’Amélie ont fait de l’écluse des Récollets un geste rituel : on voit chaque jour des visiteurs chercher le caillou plat parfait. Et sous la voûte Richard-Lenoir, les mariniers klaxonnaient jadis pour saluer les fantômes de la Bastille : la légende, elle, n’a jamais été vidangée.
Nos conseils pour la visite
Le canal se déguste un dimanche matin : quais aux piétons, lumière dans les platanes, croissants du quai de Valmy. Suivez l’eau des Récollets à la rotonde de la Villette, puis revenez dîner à l’Hôtel du Nord. Les cinéphiles complets pousseront jusqu’à Montmartre relier les décors d’Amélie, du canal au café des Deux Moulins : la balade des ricochets.
À l’écluse des Récollets, à l’angle du quai de Valmy et de la rue des Récollets : le geste est devenu un rituel des visiteurs. La passerelle voisine et l’Hôtel du Nord complètent le pèlerinage en quelques dizaines de mètres.
Oui, des croisières relient le port de l’Arsenal au bassin de la Villette en passant les neuf écluses et la longue voûte souterraine de la Bastille : comptez environ deux heures et demie. Réservation en ligne conseillée en saison.
Pour l’entretien du bief et des écluses, environ tous les quinze ans : l’opération, spectaculaire, révèle des centaines de vélos et d’objets engloutis et attire les curieux. La dernière vidange, en 2016, avait mobilisé des équipes entières pour sauver les poissons.