L’immeuble des Chardons
9 rue Claude-Chahu, 75016 Paris
Les architectes Art nouveau adoraient les fleurs souples ; celui-ci a choisi la plus rêche. En 1903, Charles Klein couvre l’immeuble du 9 rue Claude-Chahu, à Passy, d’un motif unique décliné du sol au toit : le chardon, tiges, feuilles dentelées et fleurs violettes, en grès flammés du céramiste Émile Müller. La Ville lui décerna le prix du concours de façades en 1904, et Paris gagna son immeuble le plus botanique.
Où se trouve l’immeuble des Chardons ? Repères sur le plan de Paris
Au 9 rue Claude-Chahu, 16e arrondissement, à l’angle de la rue Chernoviz, métro Passy (6) ou La Muette ; la porte du 11 rue Chernoviz est à cinquante mètres, le Castel Béranger à dix minutes. Épingle sur notre carte de Paris.
Une histoire : un motif, mille variations
Le pari de Klein tient en une règle : un seul motif, répété sans jamais se répéter. Le chardon envahit les balcons de fer forgé, les encadrements de baies, les panneaux de céramique, la porte, jusqu’aux ferronneries des soupiraux ; chaque déclinaison change d’échelle et de couleur, du vert bronze au violet sourd. Le choix n’est pas anodin : plante des terrains pauvres, rétive et piquante, le chardon symbolisait pour les artistes de 1900 la résistance et la vie tenace, à rebours des lys et des roses académiques. Klein mourut jeune, en 1915, laissant peu d’œuvres ; celle-ci suffit à sa réputation, classée monument historique.
Que voir ?
- Les panneaux de grès flammés d’Émile Müller, chardons en relief sur toute la façade.
- Les ferronneries des balcons, tiges épineuses en fer forgé.
- La porte d’entrée et son décor végétal, en cohérence parfaite avec l’ensemble.
- L’angle de la rue Chernoviz, où la façade se plie sans rompre le motif.
Modalités et infos pratiques
- Accès : immeuble d’habitation privé ; façade visible depuis la rue à toute heure.
- Métro : Passy (6), La Muette (9), RER C Boulainvilliers.
- Photo : la rue est étroite ; cadrez les détails plutôt que l’ensemble.
Petites histoires et grandes anecdotes
Émile Müller, le céramiste, dirigeait à Ivry une manufacture qui fournit aussi les décors de la Samaritaine et de nombreux pavillons d’exposition : ses grès ont habillé le Paris de 1900 bien au-delà de cette rue. Le concours de façades, lui, avait un effet très concret : le propriétaire primé voyait ses taxes de construction réduites de moitié, l’architecte recevait une médaille d’or, l’entrepreneur une de bronze. Une politique publique du beau, que la Ville de Paris a envisagé de ressusciter au XXIe siècle.
Nos conseils pour la visite
Approchez à toucher les grès : le relief se révèle à cinquante centimètres. Faites ensuite la boucle de Passy avec la rue Chernoviz et le Castel Béranger, puis descendez au pont de Bir-Hakeim : l’Art nouveau du 16e tient dans une matinée.
Parce que Charles Klein a décliné le motif du chardon sur toute la façade en 1903 : grès flammés d’Émile Müller, ferronneries, porte et balcons reprennent la même plante épineuse, symbole de vie tenace cher aux artistes de 1900.
Oui, il remporta le concours de façades de la Ville de Paris en 1904, distinction qui valait au propriétaire une réduction de moitié des taxes de construction et à l’architecte une médaille d’or. Il est aujourd’hui classé monument historique.
Au 9 rue Claude-Chahu, dans le 16e arrondissement, à l’angle de la rue Chernoviz, en plein quartier de Passy : un secteur devenu à la fin du XIXe siècle le laboratoire de l’Art nouveau parisien.