Le parc Monceau
35 boulevard de Courcelles, 75008 Paris
C’est le seul jardin de Paris né d’un caprice de prince et resté fidèle à ses chimères. Le parc Monceau, à cheval sur le 8e arrondissement côté grilles d’or, fut dessiné à partir de 1778 pour le duc de Chartres, futur Philippe Égalité, par l’écrivain-scénographe Carmontelle, avec un programme assumé : réunir dans un seul lieu tous les temps et tous les lieux. Colonnade au bord d’un bassin, pyramide, moulins, minaret et pagode aujourd’hui disparus : la folie de Chartres était un décor de théâtre à ciel ouvert. Il en reste l’essentiel, le charme, plus une rotonde de Ledoux, des grilles dorées de sept mètres et la plus belle clientèle de nourrices, de coureurs et de romanciers de l’ouest parisien.
Où se trouve le parc Monceau ? Repères sur le plan de Paris
Dans le 8e arrondissement, entrée principale au 35 boulevard de Courcelles, sous la rotonde à colonnade ; les grilles ouvrent aussi avenue Vélasquez, avenue Van-Dyck et avenue Ruysdaël, côté hôtels particuliers. Métro Monceau (ligne 2), sous la rotonde même. Le quartier alentour, plaine Monceau, aligne les demeures des banquiers et des peintres du Second Empire, des Camondo aux Menier.
Une histoire : de la folie princière au jardin des romans
Carmontelle livre en 1779 son pays d’illusions : fabriques, ruines feintes, fermes suisses, naumachie, ce bassin ovale bordé d’une colonnade corinthienne dont les fûts proviendraient de la rotonde funéraire inachevée des Valois à Saint-Denis. À la Révolution, le domaine du prince guillotiné devient bien national ; en 1797, André-Jacques Garnerin y réussit le premier saut en parachute de l’histoire, depuis un ballon, devant une foule ébahie. La Ville rachète l’ensemble en 1860, et Alphand, l’ingénieur-jardinier d’Haussmann, en fait en 1861 le prototype du jardin public parisien : pelouses, corbeilles, rocailles, et les grilles rehaussées d’or dessinées par Davioud. Les fabriques survivantes, naumachie et pyramide en tête, passent du caprice au patrimoine.
La littérature s’y installe aussitôt : Zola y promène ses financiers, Maupassant y loge le clan Walter de Bel-Ami dans un hôtel voisin, et le petit Marcel Proust, qui grandit boulevard Malesherbes, y fait rouler son cerceau avant d’immortaliser les jardins d’enfance dans la Recherche. Les peintres ne sont pas en reste : Claude Monet consacre en 1876 et 1878 une série de toiles au parc, pelouses tachetées de soleil et promeneuses en robes claires, aujourd’hui dispersées entre New York et les collections privées. Peu de jardins peuvent aligner pareille bibliothèque et pareil accrochage.
Que voir ?
- La naumachie et sa colonnade corinthienne au bord du bassin ovale, la plus romanesque des fabriques.
- La rotonde de Chartres, pavillon d’octroi de Claude-Nicolas Ledoux, devenue porte d’honneur du parc.
- La pyramide égyptienne, survivante du pays d’illusions de Carmontelle.
- Les grilles dorées de Davioud et les statues des poètes, Musset et Maupassant en tête, sous les grands platanes.
Modalités et infos pratiques
Le parc est ouvert tous les jours, gratuitement, de l’aube à la tombée de la nuit, horaires saisonniers affichés aux grilles ; le métro Monceau dépose sous la rotonde. Compter une heure pour le tour complet des fabriques, davantage avec un livre : les chaises et les pelouses autorisées des beaux jours sont parmi les plus disputées de Paris. Le musée Cernuschi et le musée Nissim de Camondo bordent le parc, pour prolonger la visite en intérieur.
Petites histoires et grandes anecdotes
Le parc collectionne les premières fois : premier saut en parachute du monde en 1797, donc, mais aussi l’une des premières statues de Chopin, et le mariage le plus discret des lettres françaises, celui de la naumachie avec tous les photographes de mariés de l’ouest parisien, qui s’y relaient chaque samedi depuis un siècle. Quant à la pyramide, elle a nourri deux cents ans de légendes maçonniques : le duc de Chartres, grand maître du Grand Orient, savait ce qu’il faisait en semant des symboles dans ses bosquets.
Nos conseils pour la visite
Venir à l’ouverture pour la naumachie dans la brume, lumière d’autochrome garantie, ou en fin d’après-midi quand le soleil dore les grilles ; éviter les pelouses le dimanche, sauf goût des pique-niques serrés. Enchaîner avec la rotonde, la pyramide, puis sortir avenue Vélasquez vers le musée Cernuschi : c’est l’itinéraire exact des promeneuses de Monet, robes claires facultatives.
Du duc de Chartres, futur Philippe Égalité, qui fit dessiner ce jardin d’illusions par Carmontelle à partir de 1778 : les folies désignaient ces domaines de plaisir du XVIIIe siècle. Le parc actuel, remodelé par Alphand en 1861, en conserve la naumachie et la pyramide.
Un bassin ovale bordé d’une colonnade corinthienne, vestige le plus photogénique des fabriques de Carmontelle : son nom évoque les bassins de spectacles nautiques antiques, et ses colonnes proviendraient du mausolée inachevé des Valois à Saint-Denis.
Maupassant y installe l’hôtel des Walter dans Bel-Ami, Zola y promène ses financiers, et Proust enfant y jouait depuis le boulevard Malesherbes voisin. Monet a peint le parc à cinq reprises, et la statue de Maupassant veille toujours sur les pelouses.