Il y a, dans un angle du jardin du Luxembourg, un couloir d’eau sombre bordé de platanes où Paris vient respirer l’Italie : la fontaine Médicis. Marie de Médicis, régente nostalgique de Florence, la fit creuser vers 1630 en grotte de son palais neuf, rocailles et nymphée à la mode Boboli, attribuée à Salomon de Brosse ou au fontainier Francini. Haussmann faillit la condamner en perçant la rue de Médicis : on la démonta pierre à pierre en 1866, on l’adossa au palais, on étira devant elle ce long bassin d’ombre, et l’accident urbain devint le lieu le plus romantique de la ville.
Où se trouve la fontaine Médicis ? Repères sur le plan de Paris
Jardin du Luxembourg, angle nord-est, le long de la rue de Médicis, 6e, RER B Luxembourg ou métro Odéon. Le musée du Luxembourg est à trois minutes, le théâtre de l’Odéon à cinq. Épingle sur notre carte de Paris.
Une histoire : de la grotte florentine au théâtre de marbre
La grotte d’origine, abandonnée après la mort de la reine, perdit ses eaux et ses ors ; Chalgrin la sauva une première fois sous Napoléon. Le déménagement de 1866 lui offrit son chef-d’œuvre : Auguste Ottin sculpta pour la niche centrale Polyphème surprenant Acis et Galatée, le cyclope de bronze sombre penché sur les deux amants de marbre blanc, une seconde avant le drame (le géant, fou de jalousie, écrasera Acis sous un rocher). Au revers se cache une délicate fontaine de Léda, sauvée d’une démolition voisine : deux fontaines pour le prix d’une, dos à dos.
Que voir ?
- Le groupe d’Ottin : bronze menaçant contre marbre alangui, chef-d’œuvre de tension.
- Le long bassin et sa perspective de platanes taillés en voûte.
- Les vasques, mascarons et armes des Médicis de la grotte d’origine.
- Au dos, la fontaine de Léda (1807), secret dans le secret.
Modalités et infos pratiques
- Accès : gratuit, aux horaires du jardin du Luxembourg (de l’aube au crépuscule, selon saison).
- Le bon moment : tôt le matin pour le miroir d’eau parfait, ou l’après-midi d’été pour l’ombre fraîche.
- Durée conseillée : le temps que la chaise verte voudra bien vous rendre.
Petites histoires et grandes anecdotes
Les chaises vertes qui bordent le bassin sont l’objet d’une convoitise polie : les habitués arrivent avec un livre à l’ouverture pour « leur » place. Les carpes du bassin, obèses de miettes centenaires, passent pour les mieux nourries de Paris. Et les étudiants prêtent au lieu une vertu d’oracle : un premier rendez-vous qui se donne à la fontaine Médicis, dit la légende du Quartier latin, a toutes les chances de durer, Polyphème servant d’avertissement aux jaloux.
Nos conseils pour la visite
Combinez-la au grand tour du jardin : bassin central et voiliers d’enfants, verger, ruches, orangerie, puis la fontaine en récompense finale. Les amateurs d’art prolongeront au musée du Luxembourg, les rêveurs au musée Zadkine tout proche : le romantisme du 6e se boit à petites gorgées.
Marie de Médicis, veuve d’Henri IV, vers 1630 : nostalgique des jardins florentins de son enfance, elle voulut une grotte à l’italienne pour son palais du Luxembourg, alors tout neuf.
Le mythe d’Acis et Galatée : le cyclope Polyphème, en bronze sombre, surprend les deux amants de marbre blanc. L’œuvre d’Auguste Ottin (1866) saisit l’instant qui précède la vengeance du géant.
Non : le percement de la rue de Médicis en 1866 imposa de la déplacer d’une trentaine de mètres et de la plaquer contre le palais ; le long bassin et sa voûte de platanes datent de cette renaissance.