C’est un monument que sept cent mille personnes traversent chaque jour sans lever les yeux. La gare du Nord, première gare d’Europe par son trafic, cache derrière son tumulte un palais de pierre et de fonte signé Jacques Ignace Hittorff (1864) : sur sa façade-arc de triomphe veillent vingt-trois statues colossales, chacune incarnant une ville desservie, Londres, Amsterdam, Vienne ou Francfort en couronnement, Paris trônant au sommet. Le cinéma en a fait l’un de ses décors fétiches, d’Amélie Poulain aux thrillers américains.
Où se trouve la gare du Nord ? Repères sur le plan de Paris
Au 18 rue de Dunkerque, 10e arrondissement, métro Gare du Nord (4, 5, RER B et D), à dix minutes à pied du canal Saint-Martin. Épingle sur notre carte de Paris.
Une histoire : le vaisseau de Hittorff et des records
La première gare du Nord (1846) fut si vite saturée qu’on la démonta pierre à pierre pour la remonter à Lille ; Hittorff, septuagénaire, livra en 1864 l’actuelle halle de 72 mètres de portée, fonte élancée et lumière d’atelier. Les records n’ont jamais cessé : terminus des paquebots-trains vers l’Angleterre, théâtre des adieux des deux guerres, la gare accueille depuis 1994 l’Eurostar et ses quais sous douane britannique, morceau de Londres enclavé dans le 10e. Le cinéma s’y bouscule sous escorte nocturne : Jeunet y installa le photomaton d’Amélie et son mystérieux inconnu aux photos déchirées, Ocean’s Twelve y fit courir ses élégants voleurs, la saga Bourne y sema ses poursuites.
Que voir ?
- La façade de Hittorff et ses vingt-trois villes de pierre : traversez la rue de Dunkerque et levez enfin les yeux.
- La grande halle et sa forêt de colonnes de fonte, superbe dans la lumière du matin.
- Le ballet des Eurostar, trains les plus surveillés du continent, quais 3 à 6.
- Les photomatons, clin d’œil obligé au fantôme d’Amélie : la boîte à mystères est toujours là.
Modalités et infos pratiques
- Accès : libre en continu ; la façade se photographie de la rue de Dunkerque.
- Trains : Eurostar, TGV nord, Transilien et RER ; comptez large aux heures de pointe.
- Vigilance : gare immense et pressée, gardez un œil flâneur et l’autre sur vos poches.
Petites histoires et grandes anecdotes
Hittorff voulait ses statues confiées aux plus grands : les sculpteurs officiels du Second Empire se partagèrent les villes, et l’on s’amusa que Cologne, patrie de l’architecte, obtînt une place d’honneur. Le mystère du photomaton d’Amélie, l’inconnu qui déchire ses propres portraits, fut inspiré à Jeunet par une vraie légende urbaine des gares parisiennes ; la résolution du film, un réparateur testant les machines, a fait sourire tous les techniciens de maintenance de France. Et chaque 21 juin, la halle devient salle de bal : la fête de la musique y sonne mieux que les annonces de retard.
Nos conseils pour la visite
Offrez-vous dix minutes de contemplation hors du flux : montez au niveau Eurostar pour embrasser la halle, puis sortez photographier la façade dans la lumière rasante du matin. Les cinéphiles enchaîneront par le canal Saint-Martin et l’Hôtel du Nord : le triangle du 10e des tournages tient dans une heure de marche.
Les vingt-trois statues de la façade de Hittorff (1864) personnifient les villes desservies par la compagnie du Nord : les capitales internationales couronnent l’attique autour de Paris, les villes françaises s’alignent en contrebas. Un manifeste de pierre à la gloire du rail.
Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain (le photomaton et son inconnu), Ocean’s Twelve, la saga Jason Bourne, et d’innombrables productions attirées par la halle de Hittorff ; les tournages s’y déroulent la nuit, entre les derniers et les premiers trains.
Oui, avec environ 700 000 voyageurs par jour, trafics Eurostar, TGV, Transilien et RER confondus : c’est la gare la plus fréquentée d’Europe. Sa première version de 1846, trop petite, fut démontée et remontée à Lille.