Aucune table au monde ne raconte autant la France. La Tour d’Argent, dont la légende fait remonter l’auberge à 1582 (Henri IV y aurait découvert la fourchette, dit la maison en souriant), règne sur le quai de la Tournelle avec sa salle panoramique suspendue face à Notre-Dame et à l’île Saint-Louis. Sa gloire tient en un plat et un chiffre : le caneton au sang, numéroté pour chaque convive depuis 1890, sert aujourd’hui bien au-delà du million. Édouard VII reçut un numéro, les têtes couronnées et les présidents suivirent, le vôtre vous attend.
Où se trouve la Tour d’Argent ? Repères sur le plan de Paris
15 quai de la Tournelle, 5e, métro Cardinal-Lemoine (10) ou Maubert-Mutualité. La cathédrale Notre-Dame est à cinq minutes par le pont de l’Archevêché, le Collège des Bernardins à trois. Épingle sur notre carte de Paris.
Une histoire : quatre siècles au bord de l’eau
Auberge de bord de Seine devenue restaurant de l’aristocratie au XIXe siècle, la maison prit son envol avec Frédéric Delair, qui institua en 1890 le rituel du caneton pressé et son certificat numéroté. La dynastie Terrail (André, Claude, puis André à nouveau) en fit un théâtre : ascenseur d’époque, argenterie, et une cave creusée sous les quais parmi les plus riches du monde, murée et sauvée pendant l’Occupation. Rénovée de fond en comble en 2022-2023, la salle du sixième étage a retrouvé sa vue, la plus émouvante de la gastronomie française.
La table : les spécialités maison
- Le caneton de Challans « au sang », numéroté : pressé en salle, servi en deux services, certificat remis à table.
- Les quenelles de brochet « André Terrail » et le brochet de la Loire, mémoire fluviale.
- La crêpe « Belle Époque » flambée en salle, dessert de théâtre.
- Une carte des vins de plus de 300 000 flacons, à feuilleter comme un roman.
Modalités et infos pratiques
- Adresse : 15 quai de la Tournelle, 75005 Paris.
- Réservation indispensable, tenue élégante, tourdargent.com ; déjeuner nettement plus accessible que le dîner.
- Autour de la table : bar au sommet, boutique et rôtisserie voisines pour goûter l’esprit maison sans le grand soir.
Petites histoires et grandes anecdotes
Le registre des canards se lit comme un bottin mondain : le n° 328 pour le futur Édouard VII en 1890, et depuis, empereurs, stars et présidents, chacun reparti avec sa carte numérotée. Pendant l’Occupation, le sommelier fit murer les plus grands flacons derrière une fausse cloison : la cave ressortit intacte à la Libération. Et la vue de la salle a inspiré les studios d’animation : le restaurant du film Ratatouille doit beaucoup, de l’aveu général, à cette tour-là.
Nos conseils pour la visite
Visez le déjeuner pour la lumière sur Notre-Dame et une addition plus douce, et demandez la table en vitrine au moment de réserver. Gardez le certificat du canard : il se collectionne dans les familles. En sortant, longez les bouquinistes jusqu’à la Sainte-Chapelle : le plus beau digestif du monde est une promenade de quais.
Le caneton au sang, spécialité instituée en 1890 : chaque volaille servie reçoit un numéro d’ordre et le convive son certificat. Le compteur dépasse le million ; Édouard VII, encore prince, reçut le n° 328.
Une tenue élégante est demandée au restaurant (veste conseillée pour les messieurs au dîner). Le bar du sommet et la rôtisserie voisine offrent une entrée en matière plus décontractée.
La maison revendique une auberge fondée en 1582, tradition invérifiable mais fièrement entretenue. Le restaurant documenté du quai de la Tournelle, lui, règne depuis le XIXe siècle, dynastie Terrail incluse.