Derrière la façade rouge sombre du quai des Grands-Augustins se cache le restaurant le plus romanesque de Paris. Lapérouse, née en 1766 dans l’hôtel des maîtres limonadiers du roi, doit sa légende à ses salons particuliers : cabinets lambrissés où sénateurs, écrivains et demi-mondaines soupaient à l’abri des regards, sonnette au mur pour appeler le service, et miroirs rayés par les courtisanes qui vérifiaient au verre l’authenticité des diamants reçus. Les rayures sont toujours là ; les soufflés, gloire de la maison, aussi.
Où se trouve Lapérouse ? Repères sur le plan de Paris
51 quai des Grands-Augustins, 6e, métro Saint-Michel (4) ou Odéon. Le Pont Neuf est à trois minutes, le Procope à cinq. Épingle sur notre carte de Paris.
Une histoire : trois siècles de secrets bien servis
Jules Lapérouse transforma au XIXe siècle la maison de négoce en restaurant de haute volée : Zola, Maupassant, Hugo et George Sand y avaient leurs habitudes, Proust sa banquette. La maison fut de la première promotion des trois étoiles Michelin en 1933 et les conserva un tiers de siècle. Les salons portent des noms de roman (« La Belle Otero », « Victor Hugo ») et leurs murs ont tout entendu : négociations d’État, ruptures célèbres, manuscrits troqués contre des dîners. Sa renaissance récente a rendu leur lustre aux boiseries, aux velours et à la petite porte des habitués, côté rue.
La table : les spécialités maison
- Les soufflés, salés comme sucrés : la signature historique, montée en salle.
- Le gibier en saison, mémoire des grands soupers du quai.
- Homard et poissons de la criée en sauces classiques, façon grand siècle.
- Pâtisseries d’orfèvre au salon de thé de l’après-midi.
Modalités et infos pratiques
- Adresse : 51 quai des Grands-Augustins, 75006 Paris.
- Réservation vivement conseillée, salons privés sur demande, laperouse.com.
- Budget : grande maison ; le déjeuner et le salon de thé ouvrent la porte plus doucement.
Petites histoires et grandes anecdotes
Les rayures des miroirs se lisent comme un livre d’or clandestin : on y devine des initiales, des dates, une déclaration ou deux. La sonnette des salons inversait le protocole : le service n’entrait qu’appelé, discrétion oblige, usage maintenu aujourd’hui pour le plaisir du rite. Et la maison jure qu’un académicien du XIXe siècle a réglé un souper entier en alexandrins : le registre a disparu, la tradition de conter l’histoire aux convives, non.
Nos conseils pour la visite
Réservez un salon particulier à deux ou entre amis : c’est l’expérience Lapérouse véritable, sonnette comprise. En sortant, longez les bouquinistes vers le Pont Neuf ou remontez chez le Procope pour comparer les siècles : le 6e des plaisirs se raconte de quai en passage.
Parce que les courtisanes du XIXe siècle y testaient les diamants offerts par leurs protecteurs : une vraie pierre raye le verre. Les salons particuliers conservent ces graffitis précieux, authentifiés par l’usage.
Oui, c’est l’âme de la maison : les salons particuliers historiques se réservent pour deux à une douzaine de convives, avec la traditionnelle sonnette d’appel du service.
Les soufflés, salés et sucrés, dressés en salle, héritage de la grande cuisine classique de la maison, trois étoiles dès 1933. Le gibier d’automne reste l’autre rendez-vous des fidèles.