La rive gauche n’a qu’un palace, et il lui ressemble : littéraire, engagé, un rien frondeur. Le Lutetia, élevé en 1910 boulevard Raspail par les architectes Boileau et Tauzin, façade de vignes sculptées entre Art nouveau finissant et Art déco naissant -, fut commandé par le Bon Marché de Mme Boucicaut pour loger ses clientes de province. Il devint le salon des écrivains, l’asile des exilés, le théâtre d’une des pages les plus bouleversantes de 1945, et, rénové de fond en comble en 2018, il porte aujourd’hui la distinction Palace sous la gestion de Mandarin Oriental.
Où se trouve le Lutetia ? Repères sur le plan de Paris
45 boulevard Raspail, angle rue de Sèvres, 6e, métro Sèvres-Babylone (10, 12). Le Bon Marché lui fait toujours face, et le musée Zadkine comme le Luxembourg sont à dix minutes. Épingle sur notre carte de Paris.
Une histoire : des noces de Gaulle aux retours de 1945
James Joyce y acheva une part d’Ulysse, Matisse y vécut, Saint-Germain-des-Prés y monta prendre l’ascenseur. Le 7 avril 1921, un capitaine nommé Charles de Gaulle y passa sa nuit de noces, il garda pour la maison une fidélité discrète. Vint l’Occupation : l’hôtel réquisitionné par l’Abwehr, le contre-espionnage allemand. Puis le printemps 1945 renversa le symbole : le Lutetia devint le centre d’accueil des déportés rescapés, des milliers de survivants y furent enregistrés, soignés, attendus par des familles brandissant des photographies. Une plaque et une stèle honorent cette mémoire, que l’hôtel entretient sans détour. La renaissance signée Jean-Michel Wilmotte (2014-2018) a rendu la lumière aux verrières et découvert des fresques oubliées de 1910.
Les services : ce qui fait un palace
- 184 chambres et suites, dont les suites signature face au Bon Marché et la suite Saint-Germain sous les toits.
- La Brasserie Lutetia, table iodée d’esprit rive gauche, et le salon Saint-Germain pour le thé sous verrière.
- Le bar Joséphine, hommage à Baker, habituée de la maison, et ses soirées jazz.
- Spa Akasha : piscine de 17 mètres baignée de lumière naturelle, rare à Paris.
Modalités et infos pratiques
- Adresse : 45 boulevard Raspail, 75006 Paris.
- Réservations : mandarinoriental.com.
- Sans dormir : jazz au bar Joséphine le soir, plateau de fruits de mer à la Brasserie, thé sous la verrière, l’adresse reste un vrai café de quartier, en soie.
Petites histoires et grandes anecdotes
Le nom même est un manifeste : Lutetia, la Lutèce romaine, la rive gauche des origines. Les musiciens de jazz tiennent le bar Joséphine pour l’un des derniers vrais clubs d’hôtel de Paris ; les habitués, eux, guettent chaque printemps la glycine de la terrasse. Et l’on murmure que certaines chambres d’angle furent longtemps réservées des années à l’avance par des éditeurs de la rue de Grenelle, pour loger leurs prix Nobel de passage.
Nos conseils pour la visite
Venez un jeudi soir pour le jazz au Joséphine, puis remontez la rue de Sèvres jusqu’au square Boucicaut. Le lendemain, faites la rive gauche des maisons : Delacroix, Maison Gainsbourg, Zadkine, le Lutetia est leur port d’attache naturel.
Parce qu’au printemps 1945, réquisitionné à la Libération, il servit de centre d’accueil aux déportés survivants de retour des camps : des milliers y furent accueillis et soignés, une stèle face à l’hôtel et une plaque le rappellent, et la maison honore cette histoire.
Le groupe Mandarin Oriental, depuis 2024, sous le nom officiel de Mandarin Oriental Lutetia, l’hôtel, propriété du groupe Alrov, avait rouvert en 2018 après quatre ans de rénovation menée par Jean-Michel Wilmotte.
Oui : tous les autres détenteurs de la distinction Palace parisienne se trouvent rive droite, le Lutetia est l’unique ambassadeur du sud de la Seine, ce dont Saint-Germain-des-Prés tire une juste fierté.
James Joyce y travailla à Ulysse, Matisse et Josephine Baker y vécurent, Charles de Gaulle y passa sa nuit de noces en 1921, et Pablo Picasso comme Peggy Guggenheim comptèrent parmi ses habitués.