Imaginez hériter d’une banque, épouser le peintre venu faire votre portrait, et consacrer ensemble votre vie — et votre fortune — à la beauté. C’est l’histoire vraie du musée Jacquemart-André : l’hôtel particulier d’Édouard André et de Nélie Jacquemart, resté meublé comme à leur époque, avec l’une des plus éblouissantes collections privées d’Europe. On n’y visite pas un musée : on entre chez des amis fastueux, morts il y a un siècle, qui auraient laissé la lumière allumée.
Où se trouve le musée Jacquemart-André ? Repères sur le plan de Paris
Au 158 boulevard Haussmann, 8e arrondissement, entre le parc Monceau et les Champs-Élysées. Métro Miromesnil (lignes 9 et 13) ou Saint-Philippe-du-Roule (9). Le Petit Palais est à douze minutes à pied — la promenade des beaux quartiers par excellence. L’épingle vous attend sur notre carte de Paris.
Un couple, une demeure, une passion
Édouard André, héritier d’une grande banque protestante, fait bâtir dans les années 1870 cet hôtel de réception par l’architecte Henri Parent — battu de peu pour l’Opéra Garnier, il prit ici sa revanche. En 1872, André commande son portrait à une artiste réputée, Nélie Jacquemart. Neuf ans plus tard, il l’épouse.
Commence alors l’une des plus belles aventures de collectionneurs du XIXe siècle : chaque année, le couple part en Italie razzier — avec un goût très sûr — primitifs, Renaissance, tiepolos entiers déposés de villas vénitiennes. Nélie, veuve en 1894, poursuit seule jusqu’à ses derniers jours et lègue tout à l’Institut de France : demeure, collections, et l’ordre exprès de ne rien disperser. Le musée Jacquemart-André ouvre en 1913 ; il a rouvert en septembre 2024 après une restauration complète qui lui a rendu ses velours et ses ors.
Les collections permanentes : l’Italie à domicile
Le parcours traverse les salons d’apparat, le jardin d’hiver au double escalier théâtral, les appartements privés — puis monte au « musée italien », le saint des saints.
- Botticelli, Bellini, Mantegna, Uccello (Saint Georges terrassant le dragon) — la Renaissance au grenier, littéralement.
- Rembrandt (Les Pèlerins d’Emmaüs), Van Dyck, Frans Hals côté écoles du Nord.
- Les fresques de Tiepolo arrachées à la villa Contarini, remontées dans l’escalier et la salle à manger.
- Fragonard, Boucher, Chardin pour le XVIIIe français exquis.
- Le jardin d’hiver et son escalier à double révolution, star involontaire de tous les réseaux.
Modalités, billets et infos pratiques
- Adresse : 158 boulevard Haussmann, 75008 Paris.
- Métro : Miromesnil (9, 13), Saint-Philippe-du-Roule (9) ; RER A Charles-de-Gaulle – Étoile.
- Jours et horaires indicatifs : ouvert tous les jours, nocturne les soirs d’exposition — détails sur le site officiel.
- Billets : réservation vivement conseillée sur musee-jacquemart-andre.com — le musée, privé, ne pratique pas la gratuité du premier dimanche.
- Durée conseillée : 1 h 30, puis le salon de thé — non négociable.
- Le rituel : pâtisseries sous le plafond de Tiepolo, dans l’ancienne salle à manger du couple. L’un des plus beaux salons de thé d’Europe.
Petites histoires et grandes anecdotes
Nélie Jacquemart fut l’un des rares grands peintres femmes de son temps à faire fortune par son art — avant de poser définitivement les pinceaux le jour de son mariage, pour devenir l’œil du couple. C’est elle qui négociait ferme chez les antiquaires italiens ; les marchands de Florence l’appelaient, dit-on, « la terrible petite Française ».
Regardez bien le plafond du grand salon : Tiepolo y peignit Henri III reçu à Venise — les André firent démonter la fresque entière d’une villa de Vénétie et voyagèrent avec, comme d’autres rapportent un châle. Le XIXe siècle ne doutait de rien, et c’est tant mieux pour nous.
Nos conseils pour la visite
Réservez le premier créneau, visitez au calme, puis arrivez au salon de thé à l’ouverture des fourneaux : la file s’allonge vite dès midi. L’hiver, la nocturne d’exposition suivie d’un chocolat chaud est un rendez-vous très parisien. Complétez la journée en descendant vers le Petit Palais — gratuit — ou en traversant vers le musée Rodin pour finir dans les roses.
Lui, héritier d’une grande banque du Second Empire ; elle, portraitiste renommée venue peindre son portrait en 1872. Mariés en 1881, ils consacrèrent leur vie et leur fortune à réunir une collection exceptionnelle, léguée intacte à l’Institut de France.
Oui, le salon de thé possède son entrée et accueille aussi les non-visiteurs, dans l’ancienne salle à manger sous le plafond de Tiepolo. Aux heures d’affluence, la priorité va toutefois aux détenteurs de billets.
Oui, c’est l’une de ses particularités : ouverture quotidienne, y compris souvent les jours fériés, avec nocturne hebdomadaire en période d’exposition. Vérifiez les horaires du moment sur le site officiel.
Une heure trente suffit pour la demeure et le musée italien, dans une atmosphère très intime. Ajoutez le temps du salon de thé : c’est la moitié du plaisir.
Parce qu’on y voit des chefs-d’œuvre — Botticelli, Rembrandt, Tiepolo — dans leur décor d’origine, à échelle humaine, sans foule. C’est l’expérience la plus proche d’une visite privée chez de grands collectionneurs du XIXe siècle.