On oublie souvent que Vincent van Gogh a vécu deux ans à Paris. De 1886 à 1888, il loge chez son frère Théo, marchand de tableaux, au 54 rue Lepic, en plein Montmartre. De sa fenêtre, il voit les derniers moulins de la Butte ; il en peindra une bonne dizaine de versions, dont Le Moulin de la Galette aux tons sourds, bruns et gris, qui ne ressemble en rien au Van Gogh que le monde connaîtra.
Car c’est ici que tout bascule. Le peintre arrive de Hollande avec une palette de terre, celle des Mangeurs de pommes de terre. À Paris, il découvre les impressionnistes, rencontre Pissarro, Signac, Gauguin, Toulouse-Lautrec, voit des estampes japonaises par centaines. En deux ans, sa peinture s’éclaircit, sa touche se hachure, sa couleur explose : quand il partira pour Arles en février 1888, il aura trouvé sa langue. Montmartre fut son atelier d’apprentissage.
Le Moulin de la Galette, dernier témoin des vignes
Le moulin de la Galette, de son vrai nom Blute-fin, est l’un des deux derniers survivants des trente moulins qui couvraient la Butte quand Montmartre était un village de vignes et de plâtrières. Au XIXe siècle, la famille Debray y ouvre une guinguette où l’on danse le dimanche et où l’on vend la fameuse galette de seigle : Renoir y peindra son Bal du moulin de la Galette dix ans avant Van Gogh, dans une tout autre lumière. L’un peint la fête, l’autre la structure ; l’un le bonheur, l’autre la charpente d’un monde qui s’efface.
Sur les pas de Vincent, rue Lepic
- Le 54 rue Lepic, immeuble des frères Van Gogh, signalé par une plaque discrète.
- Le moulin Blute-fin, visible depuis la rue Lepic et la rue Girardon, toujours debout.
- Le café des Deux Moulins, plus bas dans la même rue, qui doit son nom aux deux survivants.
- Le musée de Montmartre, qui conserve la mémoire de la Butte des peintres.
Ce que Paris a donné à Van Gogh
En arrivant, il peint des vues grises depuis la fenêtre de Théo ; en partant, il a peint des autoportraits vibrants, des natures mortes éclatantes et plus de deux cents toiles en deux ans. Paris lui aura tout donné : la couleur, les amis, la théorie, et cette obsession de la lumière du Sud qu’il ira chercher en Provence. Sans les deux années de la rue Lepic, il n’y aurait ni Tournesols ni Nuit étoilée : c’est à Montmartre que Van Gogh est devenu Van Gogh.
Montez la rue Lepic à pied comme il le faisait chaque jour, jusqu’au Sacré-Cœur alors en chantier : Van Gogh a vu ce Montmartre-là, celui d’avant les cars, et l’a peint sans une once de nostalgie. Le lieu est épinglé sur notre carte de Paris.
Oui, de mars 1886 à février 1888, chez son frère Théo au 54 rue Lepic, à Montmartre. Ces deux années parisiennes transformèrent sa palette au contact des impressionnistes et des estampes japonaises, avant son départ pour Arles.
Oui : le moulin Blute-fin, sur la butte Montmartre, est l’un des deux derniers moulins parisiens conservés. Il se voit depuis la rue Lepic et la rue Girardon, mais reste une propriété privée qui ne se visite pas.
Renoir peint en 1876 la guinguette en fête, inondée de soleil et de danseurs ; Van Gogh peint dix ans plus tard le moulin lui-même, en tons sourds, presque désert. Deux regards opposés sur le même lieu de Montmartre.