Il est né moderne et scandaleux, il est resté les deux. Le théâtre des Champs-Élysées, inauguré avenue Montaigne en avril 1913, fut le premier grand théâtre au monde en béton armé : les frères Perret signèrent la prouesse, Antoine Bourdelle les reliefs de marbre de la façade (Apollon et ses muses, la Danse inspirée d’Isadora Duncan), Maurice Denis la coupole. Sept semaines après l’ouverture, le 29 mai 1913, la création du Sacre du printemps de Stravinsky par les Ballets russes y déclencha le plus célèbre chahut de l’histoire de la musique : sifflets, coups de canne, Nijinski criant les temps aux danseurs depuis les coulisses.
Où se trouve le théâtre des Champs-Élysées ? Repères sur le plan de Paris
15 avenue Montaigne, 8e, métro Alma-Marceau (9) ou Franklin-D.-Roosevelt. Le Plaza Athénée est à cent mètres, les reliefs originaux de Bourdelle se retrouvent au musée Bourdelle. Épingle sur notre carte de Paris.
Une histoire : un manifeste permanent
Voulu par l’impresario Gabriel Astruc pour offrir à la musique une maison moderne, le théâtre faillit ruiner tout le monde dès la première saison (le Sacre n’aida pas), mais son destin artistique fut foudroyant : Debussy, Fauré et Saint-Saëns à l’inauguration, les Ballets russes, puis en octobre 1925 la Revue nègre qui révéla Joséphine Baker à l’Europe, danse sauvage et ceinture de bananes entrées dans la légende. Sauvé, restauré, classé, il abrite trois salles (la grande, la Comédie et le studio) et reste la scène musicale chic de Paris : opéras mis en scène, grands orchestres en tournée, récitals d’exception.
Que voir, que vivre ?
- La façade de Perret et Bourdelle, manifeste de 1913 : marbre blanc, lignes pures, reliefs dansés.
- La salle de 1 900 places, or discret et coupole de Maurice Denis.
- Un concert ou un opéra : l’acoustique est réputée parmi les plus belles de Paris.
- Au sommet, le restaurant panoramique avec vue sur les toits et la tour Eiffel.
Modalités et infos pratiques
- Adresse : 15 avenue Montaigne, 75008 Paris.
- Billets : theatrechampselysees.fr ; catégories variées, jeunes à petits prix.
- Durée : une soirée ; la façade, elle, se contemple à toute heure.
Petites histoires et grandes anecdotes
Au soir du Sacre, la comtesse de Pourtalès aurait lancé : « C’est la première fois qu’on ose se moquer de moi » ; Stravinsky, lui, quitta la salle par une fenêtre des coulisses. Un an plus tard, la même partition, donnée en concert, fut portée en triomphe : Paris avait sifflé son propre futur. Autre premier soir fameux : en 1925, la clarinette de Sidney Bechet et le charleston de Joséphine Baker firent basculer l’avenue Montaigne dans les années folles en une seule nuit.
Nos conseils pour la visite
Même sans billet, remontez l’avenue à la nuit tombée : la façade éclairée est un des plus beaux plans de Paris moderne. Avec billet, arrivez tôt pour la coupole de Denis et le bar du promenoir. L’accord du quartier coule de source : concert ici, souper au Relais Plaza, et pèlerinage aux plâtres d’Apollon chez Bourdelle le lendemain.
Par sa construction : premier grand théâtre en béton armé au monde (frères Perret, 1913), aux lignes dépouillées annonçant l’Art déco, et par son programme artistique, du Sacre du printemps à la Revue nègre.
La création du Sacre du printemps de Stravinsky, chorégraphié par Nijinski pour les Ballets russes, tourna à l’émeute de salle : sifflets, insultes et pugilats couvrirent l’orchestre. L’œuvre conspuée est devenue un sommet du XXe siècle.
Non, et c’est une malice d’origine : faute de terrain sur l’avenue, Astruc bâtit avenue Montaigne en gardant le nom prestigieux. Personne ne s’en est jamais plaint.