On y vient pour une poignée de vis et l’on repart avec un canapé : le BHV, Bazar de l’Hôtel de Ville, cultive depuis 1856 l’art très parisien de tout vendre sous un même toit. Fondé par Xavier Ruel, un colporteur ardéchois monté à la capitale, et par sa femme Marie-Madeleine Poncerry, il fut d’abord une modeste bonneterie avant de devenir l’institution du 52 rue de Rivoli, temple des bricoleurs, des décorateurs et, on l’oublie, de l’art moderne.
Où se trouve le BHV ? Repères sur le plan de Paris
Au 52 rue de Rivoli, 4e arrondissement, métro Hôtel de Ville (1, 11), exactement face à l’Hôtel de Ville de Paris et à cinq minutes de la tour Saint-Jacques comme du Marais. Épingle sur notre carte de Paris.
Une histoire : du Bazar Napoléon au grand bazar de Paris
À l’enseigne d’origine, Bazar Napoléon, la chute de l’Empire imposa en 1870 un nom plus républicain : Bazar de l’Hôtel de Ville. La légende maison, elle, raconte le coup de théâtre fondateur : les chevaux de la calèche de l’impératrice Eugénie s’étant emballés devant la boutique, Ruel se serait jeté à leur tête et aurait reçu en remerciement une gratification impériale, aussitôt investie dans le commerce. Vérité ou belle histoire, l’affaire prospéra : en 1891, l’enseigne s’étale en « Grand Bazar », et en 1913 l’architecte Auguste Roy coiffe l’angle Rivoli d’une rotonde à coupole qui signe toujours la silhouette du magasin.
Le génie du lieu tient en une promesse : tout trouver, du clou de tapissier à la baignoire sabot. Son sous-sol quincaillerie, dédale de tiroirs et de comptoirs, est l’un des plus fameux d’Europe : artisans, architectes et artistes y ont leurs habitudes depuis un siècle. Rebaptisé BHV Marais en 2013, tourné vers la maison et le design, le bazar a quitté en 2024 le giron des Galeries Lafayette pour celui de la Société des Grands Magasins, sans rien perdre de son esprit d’inventaire.
Que voir ?
- La rotonde de 1913 et sa coupole d’angle, répondant aux beffrois de l’Hôtel de Ville.
- Le sous-sol bricolage, institution absolue : on y vend encore la visserie au détail.
- Les étages maison et design, observatoire des tendances parisiennes.
- Le rooftop du dernier étage, pour prendre l’apéritif au-dessus de la rue de Rivoli.
Modalités et infos pratiques
- Accès : entrée libre, ouvert tous les jours en continu jusqu’en soirée.
- Site : bhv.fr.
- Métro : Hôtel de Ville (1, 11), sortie rue de Rivoli.
La grande anecdote : Duchamp au rayon quincaillerie
En 1914, un client discret achète au bazar un porte-bouteilles en fer galvanisé, modèle courant à quelques francs. Il s’appelle Marcel Duchamp ; il ne perce pas les bouteilles, il signe l’objet. Le Porte-bouteilles devient le premier ready-made « tout fait » de l’histoire, séisme dont l’art contemporain ne s’est jamais remis. Détail savoureux : l’original, resté dans l’atelier parisien, fut jeté par sa sœur lors d’un grand ménage, et ce sont des répliques, bénies par l’artiste, qui trônent aujourd’hui dans les plus grands musées. Le rayon, lui, vend toujours des porte-bouteilles.
Nos conseils pour la visite
Commencez par le sous-sol pour l’atmosphère, remontez par la rotonde, finissez au rooftop face aux toits de l’Hôtel de Ville. L’art contemporain se poursuit à cinq minutes chez Lafayette Anticipations, et les grands magasins historiques à quinze minutes à pied par Rivoli, jusqu’à la Samaritaine : la rive droite marchande se raconte d’une enseigne à l’autre.
Bazar de l’Hôtel de Ville, du nom de son vis-à-vis de la rue de Rivoli. Fondé en 1856 par Xavier Ruel sous l’enseigne Bazar Napoléon, le magasin prit son nom actuel après la chute du Second Empire et s’appelle BHV Marais depuis 2013.
En 1914, Marcel Duchamp acheta au rayon quincaillerie du BHV un simple porte-bouteilles en fer galvanisé, qu’il érigea en œuvre d’art : le premier ready-made de l’histoire. Les répliques de cet objet figurent aujourd’hui dans les plus grands musées du monde.
Oui, et il reste l’âme de la maison : visserie au détail, quincaillerie de tradition, outillage et conseils d’experts. C’est l’un des rayons bricolage les plus complets d’Europe, fréquenté autant par les artisans que par les décorateurs.