Aucun théâtre au monde ne porte une telle mémoire. La Comédie-Française, née en 1680 d’un ordre de Louis XIV fusionnant les troupes rivales de Paris, joue depuis plus de trois siècles sans jamais s’être arrêtée, sinon le temps d’une révolution. On l’appelle la Maison de Molière, tendre paradoxe : le patron y veille sur une maison qu’il n’a jamais connue, mort sept ans avant sa fondation. Sa devise dit tout : Simul et singulis, être ensemble et être soi-même.
Où se trouve la Comédie-Française ? Repères sur le plan de Paris
Au 1 place Colette, 1er arrondissement, à l’angle du Palais-Royal, métro Palais Royal-Musée du Louvre (1, 7), face au Louvre et à trois pas de la librairie Delamain. Épingle sur notre carte de Paris.
Une histoire : trois siècles sans baisser le rideau
La troupe s’installe salle Richelieu en 1799, dans le théâtre dessiné par Victor Louis pour le Palais-Royal. Talma y électrise la Révolution, Rachel y ressuscite la tragédie, Sarah Bernhardt y fait ses gammes avant de claquer la porte. La maison invente un ordre à part : des sociétaires, actionnaires de leur propre troupe selon le vœu de Molière, entourés de pensionnaires, sous l’autorité d’un doyen. On y entre comme en religion, on y reste parfois soixante ans. Le répertoire, plus de trois mille pièces, va de Racine à Feydeau et s’ouvre désormais aux vivants.
Que voir ?
- Le fauteuil de Molière, celui du Malade imaginaire du 17 février 1673, relique exposée dans la galerie des bustes.
- La salle Richelieu à l’italienne, rouge et or, et son lustre.
- Les bustes des grands auteurs par Houdon, dont le Voltaire assis le plus célèbre du monde.
- Le foyer public et ses souvenirs de scène, accessibles les soirs de représentation.
Modalités et infos pratiques
- Représentations : presque tous les soirs, matinées le dimanche ; placement de 5 à 65 euros environ.
- Site : comedie-francaise.fr.
- Visites guidées : certains matins hors relâche, réservation indispensable.
Petites histoires et grandes anecdotes
Le 17 février 1673, Molière est pris de convulsions en scène pendant le Malade imaginaire, dans le fauteuil que la maison conserve comme un Graal ; il meurt une heure plus tard rue de Richelieu. Chaque 15 janvier, jour anniversaire du baptême du patron, la troupe joue une de ses pièces puis salue son buste : la cérémonie s’appelle simplement l’hommage à Molière. Et si vous entendez parler du « Français », c’est d’ici qu’il s’agit : les habitués ne disent jamais autrement.
Nos conseils pour la visite
Prenez un lever de rideau à petit prix au parterre pour le frisson des trois coups, puis prolongez la soirée au Café de la Paix ou chez Procope, où Voltaire refaisait déjà le théâtre. Les curieux de coulisses viseront une visite guidée du samedi matin, quand la salle Richelieu se laisse admirer lumières allumées.
Parce que la troupe, fondée en 1680 par la fusion des comédiens de Molière et de leurs rivaux, se place depuis toujours sous son patronage : son fauteuil de scène y est conservé, son buste salué chaque année. Molière lui-même, mort en 1673, n’a jamais connu la maison.
Oui, des visites guidées de la salle Richelieu sont organisées certains matins, sur réservation. Mais la maison se vit d’abord en spectateur : des places à petit prix sont mises en vente pour presque chaque représentation.
Un comédien coopté par ses pairs pour devenir membre à part entière de la troupe, dont il partage les bénéfices et les devoirs, selon le modèle voulu par Molière. Les nouveaux venus sont pensionnaires ; le plus ancien sociétaire porte le titre de doyen.