C’est un roman d’amour doublé d’un manuel de stratégie commerciale, et les écoles de commerce le citent encore. Au Bonheur des Dames, publié par Émile Zola en 1883, raconte l’ascension de Denise Baudu, petite vendeuse normande, dans le grand magasin d’Octave Mouret, machine à vendre qui dévore les boutiques du quartier. Tout y est déjà : les soldes, le rendu accepté sans discussion, la livraison à domicile, la publicité tapageuse, les rayons disposés pour perdre la cliente. Zola n’a rien inventé : il a enquêté, carnet en main, dans les temples du commerce nouveau, Bon Marché en tête.
Une histoire : Zola en reporter chez Boucicaut
Fidèle à sa méthode, Zola prépare son onzième Rougon-Macquart comme un journaliste : visites du Bon Marché et du Louvre, entretiens avec des employés, notes sur les salaires, les rayons, l’argot des vendeurs, la mécanique des inventaires. Le Bon Marché d’Aristide et Marguerite Boucicaut, pionnier du genre depuis 1852, lui fournit l’essentiel : les prix affichés, la montagne d’articles, la cantine du personnel, les œuvres sociales, et cette clientèle féminine que le magasin courtise avec une science toute neuve. Mouret, séducteur cynique du roman, théorise ce que Boucicaut pratiquait : le commerce moderne est une conquête, et la cliente en est la reine assiégée.
Zola installe pourtant son Bonheur ailleurs, près de la place Gaillon, entre la rue de la Michodière et la rue Neuve-Saint-Augustin : un emplacement fictif au cœur du nouveau Paris haussmannien, à deux pas des grands boulevards. Le roman suit l’agrandissement du magasin comme une marée qui engloutit un à un les petits commerces voisins, le drapier Baudu, le parapluiste Bourras, dans une lutte que Zola raconte sans manichéisme : la pieuvre est aussi le progrès.
Au Bonheur des Dames, rayon par rayon
- La façade et ses vitrines calculées, premier piège du parcours de la cliente.
- Le rayon des soies, champ de bataille des ambitions, où triomphe le fameux Paris-Bonheur.
- Le grand escalier et les galeries de fer, décor emprunté aux magasins réels du Second Empire.
- La caisse des rendus : l’article repris sans discussion, révolution commerciale de l’époque.
Le modèle du roman se visite toujours : le Bon Marché, rue de Sèvres, garde ses verrières et son escalator des élégances, à défaut des comptoirs de Denise. Et pour mesurer la dynastie que Zola a racontée à sa naissance, la Samaritaine, cadette du Pont-Neuf, prolonge l’histoire jusqu’à l’Art nouveau et au-delà.
Le saviez-vous ?
Le Bonheur des Dames a réconcilié Zola avec l’optimisme : après la noirceur de L’Assommoir et de Nana, l’écrivain voulait, disent ses notes, un roman du travail et de la joie moderne. Denise y gagne : elle est l’une des rares héroïnes de la série à connaître une fin heureuse, épousant Mouret en reine du magasin. Les caissiers de la maison Boucicaut, eux, offrirent à Zola un accueil chaleureux : on aime toujours son biographe, même en pieuvre.
D’abord le Bon Marché d’Aristide Boucicaut, pionnier du grand magasin depuis 1852, complété par les Grands Magasins du Louvre. Zola les a visités en reporter, notes à l’appui, avant de situer son magasin fictif près de la place Gaillon, dans le 2e arrondissement.
De 1883 : c’est le onzième volume des Rougon-Macquart. Il suit Octave Mouret, déjà croisé dans Pot-Bouille, et la jeune Denise Baudu, vendeuse montée de Valognes.
Le Bon Marché lui-même, rue de Sèvres, avec ses verrières et ses escaliers croisés, et la Samaritaine près du Pont-Neuf : deux grands magasins historiques qui racontent, en pierre et en fer, le monde décrit par Zola.
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