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SECRET PARISIEN

Paris, le mardi 15 septembre 2026

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Littérature

Paris au mois d’août, de René Fallet

La Samaritaine illuminée pour ses cinquante-huit ans en 1928, vue de nuit
Photographie de 1928, CC0 Paris Musées, via Wikimedia Commons

C’est la plus jolie déclaration d’amour jamais faite au Paris vide des vacances. Paris au mois d’août, publié par René Fallet en 1964 et couronné du prix Interallié, suit Henri Plantin, vendeur au rayon des articles de pêche de la Samaritaine, resté seul en ville tandis que femme et enfants bronzent au loin : dans les rues abandonnées d’août, il croise Patricia, jeune Anglaise descendue d’un autocar, et le grand magasin, les quais, les bistrots ferment doucement les yeux sur leur idylle. Le roman a fixé pour toujours une vérité de calendrier : en août, Paris appartient à ceux qui restent.

Une histoire : le romancier des petits bonheurs

Fallet, fils de cheminot devenu écrivain populaire au meilleur sens du mot, ami d’Audiard et de Brassens, connaît son terrain : les comptoirs, les bords de Marne, les employés qui rêvent entre deux clients. Son Plantin est un frère de tous les vendeurs du monde : quinze ans de rayon, une gentillesse désarmée, et ce mois d’août qui tombe comme une permission. Le livre eut son prolongement immédiat au cinéma : dès 1966, Pierre Granier-Deferre en tira un film avec Charles Aznavour en Plantin et Susan Hampshire en Patricia, tourné dans les vrais décors, magasin compris. Le charme opéra si bien que roman et film se confondent désormais dans la mémoire des lecteurs, au bénéfice des deux.

Le décor central est un monument : la Samaritaine d’Ernest Cognacq, ses ferronneries Art nouveau et son enseigne peinte, à deux pas du Pont-Neuf. Fallet y installe son héros au rayon de pêche, poste d’observation idéal sur les vacances des autres, les moulinets vendus pour des rivières qu’on ne verra pas. Autour, le roman déroule le premier arrondissement au ralenti : quais tièdes, squares déserts, hôtels borgnes et tendres, celui du couple étant de ceux qu’on ne montre pas aux familles.

Paris au mois d’août, boutique fermée par boutique fermée

  • La Samaritaine, rayon des pêcheurs, quartier général sentimental de Plantin.
  • Le Pont-Neuf et le square du Vert-Galant, à cinquante mètres du magasin, refuges des pauses déjeuner.
  • Les quais de la rive droite au soleil d’août, décor des premières promenades du couple.
  • Les bistrots survivants du mois d’août, où l’on parle anglais avec les mains.

La promenade est courte et parfaite : de la Samaritaine restaurée au Pont-Neuf, puis descente au square du Vert-Galant pour la pause des amoureux : tout le roman tient dans ces trois cents mètres, et le mois d’août y ressemble toujours à une île. Les autres saisons font l’affaire aussi, en fermant un peu les yeux.

Le saviez-vous ?

Brassens, ami intime de Fallet, veillait sur le romancier comme sur un frère cadet, et c’est peu dire que l’univers des deux hommes communique : bancs publics, employés amoureux, tendresse gouailleuse. Fallet écrivit d’ailleurs sur le chanteur un livre entier. Quant à la Samaritaine, fermée en 2005 puis rouverte en 2021 après seize ans de travaux, elle a retrouvé ses ors Art nouveau : le rayon de pêche n’existe plus, mais l’ombre de Plantin, si.

Où travaille le héros de Paris au mois d’août ?

À la Samaritaine, au rayon des articles de pêche : Henri Plantin y vend moulinets et cannes depuis quinze ans. Le grand magasin du Pont-Neuf, restauré et rouvert en 2021, reste le monument central du roman.

Le roman a-t-il été adapté au cinéma ?

Oui, dès 1966, par Pierre Granier-Deferre, avec Charles Aznavour en Plantin et Susan Hampshire en Patricia : le film, tourné dans les décors réels, a soudé pour toujours le roman à l’image du Paris désert des vacances.

Pourquoi ce livre est-il un classique du Paris d’été ?

Parce qu’il a saisi le premier, avec tendresse et drôlerie, la métamorphose d’août : la ville vidée devient un décor d’île déserte où tout semble permis. Prix Interallié 1964, il se relit chaque été comme un rituel.

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