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SECRET PARISIEN

Paris, le mardi 15 septembre 2026

4e Arrt
placede l'Hôtel-de-Ville
Histoire

Le bunker oublié qui sommeille sous l’Hôtel de Ville

La nef de l'église Saint-Gervais éventrée par l'obus du 29 mars 1918, colonnes debout au milieu des gravats
Godefroy Ménanteau, CC0 Paris Musées, via Wikimedia Commons

Les touristes photographient la façade, les mariés montent l’escalier d’honneur, et personne ne se doute qu’un bunker de l’Hôtel de Ville dort à quelques mètres sous leurs semelles. Coulé en 1937 dans les fondations du bâtiment, l’abri aligne des murs de béton de 1,75 mètre d’épaisseur, une porte blindée, une réserve d’eau potable, une ventilation autonome et le téléphone. Tout y est prêt depuis quatre-vingt-dix ans. Il n’a jamais servi.

Une histoire : le Vendredi saint qui fit trembler Paris

Pour comprendre cette prudence de béton, il faut remonter au 29 mars 1918. Ce jour de Vendredi saint, un obus tiré à plus de cent kilomètres par un canon géant allemand, le fameux canon de Paris installé dans l’Aisne, traverse le ciel et crève la voûte de l’église Saint-Gervais, derrière l’Hôtel de Ville, en plein office. Le toit de la nef s’effondre sur les fidèles : au moins 88 morts et 68 blessés, le bombardement le plus meurtrier qu’ait subi la capitale pendant toute la Grande Guerre. Paris découvre ce jour-là qu’aucun quartier, aucune église, aucun hôtel de ville n’est hors de portée.

Vingt ans plus tard, l’Europe s’assombrit à nouveau et la France organise sa défense passive : sirènes, exercices d’alerte, caves étayées. La Ville fait creuser environ 250 abris de ce type sous ses bâtiments et ses places. Celui de l’Hôtel de Ville, réservé aux édiles et aux services de permanence, est l’un des plus soignés : on y descend par un escalier discret, on s’y enferme derrière une porte d’acier, et l’on peut, en théorie, y diriger Paris pendant qu’au-dessus tombent les bombes.

Le bunker de l’Hôtel de Ville, mode d’emploi d’un secret

L’Occupation venue, l’abri ne connaît ni siège héroïque ni conciliabule dramatique : l’Histoire passe par d’autres souterrains. À la Libération, en août 1944, c’est dans les étages que l’insurrection s’installe, pas dans la cave. Le bunker devient alors ce qu’il est resté : un local technique et une réserve, où dorment des archives et du matériel sous une lumière de néon. Les agents qui y descendent parlent d’un silence particulier, celui d’une pièce construite pour la fin du monde et recyclée en débarras.

  • La place de l’Hôtel-de-Ville, ancienne place de Grève, sous laquelle file l’abri voisin du métro.
  • La façade néo-Renaissance reconstruite après l’incendie de la Commune, achevée en 1882.
  • À deux rues, l’église Saint-Gervais et le pilier marqué par l’obus du 29 mars 1918.
  • Les soupiraux grillagés côté rue de Rivoli, seuls indices d’un sous-sol très habité.

L’édifice au-dessus mérite à lui seul la visite : l’Hôtel de Ville de Paris raconte huit siècles de pouvoir municipal, d’Étienne Marcel aux grandes heures de la Libération. Le contraste est savoureux entre les salons de réception, parmi les plus dorés de la République, et ce double enterré qui n’a jamais reçu personne.

Le saviez-vous ?

Le bunker n’était pas une extravagance parisienne : Londres creusait ses Cabinet War Rooms au même moment, et Berlin bétonnait déjà. La différence tient au destin. Le poste de commandement de Churchill a gagné sa guerre et ses visiteurs ; celui de Paris, épargné par les combats, n’a gagné que le droit d’être oublié. C’est peut-être la plus belle anecdote de l’Hôtel de Ville : la pièce la plus solide du bâtiment est aussi la plus inutile.

Peut-on visiter le bunker de l’Hôtel de Ville ?

Non. L’abri est un local technique de la mairie, fermé au public, y compris lors des Journées du patrimoine qui ouvrent les salons et la bibliothèque. Il faut se contenter d’en connaître l’existence, ce qui est déjà un privilège.

Pourquoi a-t-il été construit en 1937 ?

Parce que Paris gardait la mémoire des bombardements de la Grande Guerre, dont l’obus du 29 mars 1918 sur l’église Saint-Gervais, et que la montée des périls a lancé la défense passive : environ 250 abris ont été aménagés sous la capitale dans l’entre-deux-guerres.

Le bunker a-t-il servi pendant la guerre ?

Jamais comme poste de commandement. L’Occupation puis la Libération se sont jouées ailleurs, et l’abri a fini en réserve et en local technique, avec sa porte blindée, sa ventilation et son téléphone d’origine.

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