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SECRET PARISIEN

Paris, le mardi 15 septembre 2026

1er Arrt
rueCambon
CHANEL

Le N°5, le parfum né rue Cambon

Un flacon de N°5 de Chanel posé sur un plateau sombre, sur fond gris
Photo : Laura Chouette, Pexels

Il porte un numéro parce qu’on a oublié de lui donner un nom. Le N°5 de Chanel est le cinquième échantillon d’une série d’essais, présenté à Gabrielle Chanel par un parfumeur formé à Moscou, retenu tel quel, lancé le 5 mai 1921 dans la boutique de la rue Cambon. Un siècle plus tard, c’est probablement le flacon le plus reconnaissable du monde, et il n’a toujours pas d’autre nom que ce chiffre.

Une histoire : comment le N°5 de Chanel a été composé

En 1920, sur la Côte d’Azur, le grand-duc Dimitri Pavlovitch, cousin en exil du dernier tsar et amant de la couturière, lui présente Ernest Beaux. Né à Moscou en 1881, Beaux a appris le métier chez Rallet, la maison qui fournissait la cour impériale, et il fait partie des tout premiers parfumeurs à s’emparer des molécules de synthèse. Chanel lui commande « un parfum de femme à odeur de femme ». Elle précise, et la phrase vaut manifeste : « Un parfum artificiel, je dis bien artificiel comme une robe, c’est-à-dire fabriqué. Je suis un artisan de la couture. Je ne veux pas de rose, de muguet, je veux un parfum qui soit un composé. »

Beaux revient avec deux séries d’échantillons, numérotés de 1 à 5 et de 20 à 24. Elle choisit le cinquième. À la question du nom, elle répond, selon le parfumeur lui-même : elle lance sa collection le 5 mai, cinquième mois de l’année, autant lui laisser le numéro qu’il porte. La formule aligne près de quatre-vingts composants, avec une surdose d’aldéhydes qui donne cette attaque abstraite, un peu savonneuse, que personne n’avait osée. Sous les aldéhydes, l’ylang-ylang, le jasmin, la rose de mai, l’iris, puis le vétiver, le santal et la vanille. Rien qui imite une fleur : un accord qui n’existe pas dans la nature.

Le parfum est d’abord distribué à personne. Elle en offre à ses meilleures clientes, en vaporise dans les cabines d’essayage, et laisse le désir monter. La légende de la mise au point raconte un dîner dans un grand restaurant de Cannes : elle pose un vaporisateur sur la table et appuie dès qu’une élégante passe. Son commentaire : « L’effet fut stupéfiant, toutes les femmes en passant près de notre table s’arrêtaient, humant l’air. »

Ce qu’il faut regarder sur le flacon

  • La forme, un simple parallélépipède de verre à angles vifs, quand les parfumeurs de 1921 rivalisaient de flacons sculptés. On la dit inspirée d’une trousse de toilette d’homme, peut-être de la maison Charvet, ou de la flasque de whisky de Boy Capel. Aucune version n’est prouvée.
  • Le bouchon, taillé comme un diamant, redessiné en 1924. Le dessin du flacon a connu cinq états, en 1921, 1924, 1950, 1970 et 2012, chacun à peine différent du précédent.
  • L’étiquette : un rectangle blanc, un filet noir, le nom, le numéro. C’est tout, et cela n’a jamais changé.
  • Le liquide, d’un jaune ambré profond, que le verre épais assombrit encore.

Le N°5 entre en 1959 dans les collections permanentes du Museum of Modern Art de New York. Andy Warhol en tire neuf peintures acryliques en 1985. Marilyn Monroe, à qui l’on demande en 1952 ce qu’elle porte pour dormir, répond « quelques gouttes de N°5 », et la phrase fait plus pour le flacon que dix campagnes. La première image publicitaire du parfum, pourtant, avait été Gabrielle Chanel elle-même, dessinée par le caricaturiste Sem, puis photographiée en 1937 par François Kollar.

Où suivre le N°5 dans Paris

La boutique de parfums est toujours au 31 rue Cambon, à l’endroit exact du lancement, à deux pas de la colonne Vendôme dont la géométrie hante tous les récits de la maison. Pour voir des flacons d’époque et des robes qui allaient avec, c’est au palais Galliera qu’il faut monter, le musée de la mode de la Ville de Paris. Et pour comprendre d’où sortait cette femme qui vendait un parfum sans nom, relisez la naissance de la maison, au 21 puis au 31 rue Cambon.

Le saviez-vous ?

Le 5 était son chiffre. Elle présentait ses collections le 5, elle logeait au numéro 5 de ses superstitions, et le parfum a gardé le numéro de l’échantillon comme on garde un porte-bonheur. Dès 1929, il est le parfum le plus vendu au monde et met à mal Shalimar de Guerlain. Il faudra attendre 2011 pour qu’un autre flacon, J’adore de Dior, lui prenne la première place en France.

Qui a créé le parfum N°5 de Chanel ?

Le parfumeur Ernest Beaux, né à Moscou en 1881 et formé chez Rallet, fournisseur de la cour impériale de Russie. Il rencontre Gabrielle Chanel en 1920 par l’entremise du grand-duc Dimitri Pavlovitch et lui présente deux séries d’échantillons.

Pourquoi le parfum s’appelle-t-il N°5 ?

Parce que Chanel a retenu le cinquième échantillon de la première série et a décidé de lui laisser son numéro d’essai. Elle présentait sa collection le 5 mai 1921, cinquième mois de l’année, et voyait dans ce chiffre son porte-bonheur.

Où le N°5 a-t-il été lancé ?

Dans la boutique Chanel de la rue Cambon, à Paris, le 5 mai 1921, d’abord offert aux meilleures clientes de la maison avant d’être commercialisé.

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