Il y a des institutions qui se visitent, celle-ci se mange. Le Bouillon Chartier, ouvert en 1896 par les frères Frédéric et Camille Chartier au fond d’une cour du Faubourg-Montmartre, sert depuis plus d’un siècle la même promesse : nourrir bien, vite et pour trois sous, dans un décor Art nouveau classé de miroirs, cuivres et porte-chapeaux en filet. Cinquante millions de couverts plus tard, la file s’étire toujours sur le trottoir, et les serveurs en gilet noir et long tablier blanc écrivent toujours l’addition au crayon, directement sur la nappe en papier.
Où se trouve le Bouillon Chartier ? Repères sur le plan de Paris
7 rue du Faubourg-Montmartre, 9e, métro Grands Boulevards (8, 9). Le musée Grévin est à trois minutes, le musée du chocolat à cinq. Épingle sur notre carte de Paris.
Une histoire : nourrir le peuple, en beauté
Le « bouillon » est une invention parisienne : un restaurant populaire né au Second Empire autour d’un bol de bouillon de bœuf. Les frères Chartier en firent un empire d’une quinzaine d’adresses, dont ce vaisseau de 1896, éclairé par une verrière et gardé par des casiers numérotés où les habitués rangeaient jadis leur serviette. Le décor signé Camille Chartier fut classé monument historique en 1989. La maison n’a jamais dérogé : mêmes recettes de ménage, mêmes prix serrés, même service éclair, un exploit renouvelé chaque midi et chaque soir, sans réservation.
La table : les spécialités maison
- L’œuf dur mayonnaise, le plus célèbre de France : l’entrée totem à petit prix.
- Le bouillon de pot-au-feu et son plat complet, hommage aux origines.
- Poulet fermier rôti frites, choucroute garnie, blanquette : la cuisine de grand-mère intégrale.
- Le baba au rhum et la crème caramel, desserts d’écolier heureux.
Modalités et infos pratiques
- Adresse : 7 rue du Faubourg-Montmartre, 75009 Paris.
- Sans réservation : on fait la queue (elle avance vite), service non-stop midi et soir, tous les jours, bouillon-chartier.com.
- Budget : parmi les additions les plus douces de Paris, entrée-plat-dessert sans se ruiner.
Petites histoires et grandes anecdotes
Les tiroirs numérotés du fond servaient de consigne à serviettes pour les ouvriers abonnés : on gardait sa serviette la semaine entière, l’hygiène du temps s’en accommodait. Le service au galop fait partie du folklore : les habitués jurent qu’un serveur de Chartier retient huit plats sans carnet, l’addition finale griffonnée sur la nappe faisant office de comptabilité officielle. Elle se vérifie rarement, elle se conteste encore moins.
Nos conseils pour la visite
Venez à l’ouverture ou après 21 h 30 pour écourter la file, acceptez la table partagée : c’est la moitié du charme. L’enchaînement des Grands Boulevards coule de source : dîner chez Chartier puis cires du Grévin, ou passage Jouffroy pour digérer sous les verrières. Un conseil d’ami : l’œuf mayo d’abord, la fidélité vient toute seule.
L’œuf dur mayonnaise, entrée emblème à prix mini, suivi des classiques de ménage : pot-au-feu, poulet frites, blanquette et baba au rhum. La carte perpétue la cuisine populaire des bouillons de 1900.
Non : la maison ne prend pas de réservation depuis 1896. On patiente dans la file (rapide), et les tables se partagent volontiers, tradition du lieu.
C’est l’usage maison depuis l’origine : le serveur note les plats au crayon sur la nappe en papier et fait le total devant vous. Le procédé, plus rapide qu’une caisse, est devenu un rite classé au folklore parisien.