En 1911, le carrefour Vavin devint le centre du monde de l’art, et La Rotonde son quartier général. Sous l’auvent rouge, le père Libion, patron au grand cœur, laissait Picasso, Modigliani, Soutine et Chagall s’éterniser devant un café-crème, acceptait une toile contre une ardoise et fermait les yeux sur les croissants disparus. Kiki de Montparnasse y régnait, Trotski et Lénine y refaisaient la révolution en attendant la leur. La brasserie, toujours flamboyante de velours rouge et de laiton, reste la table d’histoire du boulevard.
Où se trouve la Rotonde ? Repères sur le plan de Paris
105 boulevard du Montparnasse, angle Vavin, 6e, métro Vavin (4). La Coupole lui fait face ou presque, le musée Zadkine est à cinq minutes. Épingle sur notre carte de Paris.
Une histoire : le bistrot des génies fauchés
Victor Libion acheta le petit café en 1911 et inventa sans le savoir le mécénat de comptoir : il gardait « en dépôt » les toiles des rapins impécunieux, si bien que ses murs valurent un jour des fortunes. La police surveillait les révolutionnaires russes en exil attablés à deux sous de thé ; les modèles posaient entre deux services. Après l’âge d’or, la Rotonde traversa le siècle en brasserie cossue, rénovée dans les règles de l’art, et retrouva la une des journaux en devenant le décor de soirées électorales présidentielles restées commentées.
La table : les spécialités maison
- La sole meunière entière, gloire maison, désarêtée en salle.
- Le filet de bœuf « Rotonde » et le tartare préparé au guéridon.
- Les profiteroles au chocolat chaud, dessert de banquette rouge.
- Huîtres et plateaux, dans la grande tradition des brasseries d’angle.
Modalités et infos pratiques
- Adresse : 105 boulevard du Montparnasse, 75006 Paris.
- Service continu tous les jours, réservation conseillée le soir, rotondemontparnasse.com.
- Budget : brasserie chic de gamme moyenne à supérieure.
Petites histoires et grandes anecdotes
Modigliani, raconte-t-on, dessinait les clients pour payer ses verres ; les portraits refusés finissaient sous la banquette, et plus d’un « Modi » authentique a dormi là avant de valoir des millions. Le père Libion, ruiné par la loi sèche sur les heures d’ouverture de 1917 plus que par ses artistes, revendit ; ses successeurs accrochèrent des reproductions là où pendaient les originaux. On murmure qu’un fond de réserve en garde un vrai : la maison sourit et ne dément jamais.
Nos conseils pour la visite
Réservez la banquette du fond, côté boulevard, et commandez la sole en regardant passer Montparnasse. Le pèlerinage des ateliers se fait à pied : Zadkine, Bourdelle, puis la Closerie des Lilas pour l’apéritif littéraire : un kilomètre carré qui contient un demi-siècle d’art.
Pour avoir été, dès 1911, le quartier général des peintres de Montparnasse : Picasso, Modigliani, Soutine, Chagall et les exilés russes y avaient leurs tables. Le patron Victor Libion acceptait les toiles en règlement.
La sole meunière entière, spécialité de la maison, le filet de bœuf Rotonde et les profiteroles. Le banc d’huîtres complète la partition de grande brasserie parisienne.
Même angle, même nom, décor somptueusement restauré dans l’esprit 1911 : les toiles originales ont quitté les murs pour les musées, l’atmosphère de banquette rouge et l’histoire, elles, n’ont pas bougé.