Le 20 décembre 1927, deux limonadiers auvergnats, Fraux et Lafon, ouvrirent en face du Dôme le plus grand restaurant de Paris : 600 couverts sous une forêt de piliers, un dancing au sous-sol, une terrasse chauffée. La Coupole devint en une nuit le paquebot de Montparnasse : Joséphine Baker y descendait avec son guépard, Kiki y régnait, Aragon y rencontra Elsa Triolet, et les 24 piliers furent confiés aux élèves des grands ateliers du quartier, payés en repas. Classée pour son décor, la salle Art déco n’a rien perdu de son roulis.
Où se trouve la Coupole ? Repères sur le plan de Paris
102 boulevard du Montparnasse, 14e, métro Vavin (4). La Rotonde tient l’angle d’en face, la Closerie des Lilas ferme le boulevard côté Observatoire. Épingle sur notre carte de Paris.
Une histoire : le grand bazar des Années folles
Bâtie sur un ancien chantier de bois et charbon, inaugurée avec 1 500 bouteilles de champagne épuisées avant minuit, la Coupole fut pensée comme une machine à mélanger Paris : artistes, éditeurs, danseuses, députés et rapins, chacun sa travée, tous sous la même verrière (la coupole véritable, restituée lors de la rénovation de 1988). Le bal du sous-sol fit danser trois générations, des tangos aux années disco. Henry Miller y prenait son porridge à l’aube, Giacometti son dernier café à l’autre bout de la nuit : la maison n’a jamais vraiment fermé ses histoires.
La table : les spécialités maison
- Le curry d’agneau à l’indienne, servi depuis 1927, découpé et flambé au guéridon.
- Le banc d’écailler géant, l’un des plus réputés de la rive gauche.
- Le tartare préparé en salle et la sole meunière, classiques de paquebot.
- Les profiteroles et le café gourmand sous les piliers peints.
Modalités et infos pratiques
- Adresse : 102 boulevard du Montparnasse, 75014 Paris.
- Service continu, tous les jours, réservation en ligne conseillée le week-end, lacoupole-paris.com.
- Budget : brasserie de gamme moyenne, menus déjeuner attentifs.
Petites histoires et grandes anecdotes
Les piliers valent le détour du regard : on attribue certains motifs aux ateliers de Léger et de Matisse, et la maison a longtemps offert un dîner à qui identifiait tous les peintres. Joséphine Baker et son guépard Chiquita firent sensation un soir de 1928, laisse en diamants comprise. Quant au curry, il doit sa présence au premier maître d’hôtel, ancien des comptoirs coloniaux, qui voulut un plat « d’ailleurs » dans le temple du Tout-Paris : il n’a jamais quitté la carte.
Nos conseils pour la visite
Demandez une travée centrale sous la verrière, commandez le curry d’agneau pour le spectacle du guéridon et guettez les soirs de bal au sous-sol. Le pèlerinage Montparnasse s’achève à pied : Rotonde pour l’apéritif, Coupole pour dîner, tour Montparnasse pour voir scintiller la ville en dessert.
Le curry d’agneau à l’indienne, servi depuis l’ouverture de 1927 et présenté au guéridon : c’est l’un des plus anciens plats « exotiques » de la restauration parisienne. Le banc d’écailler est l’autre pilier de la maison.
Une trentaine d’artistes de Montparnasse, souvent élèves des grands maîtres du quartier, rémunérés en repas en 1927. Les attributions exactes restent débattues, ce qui fait partie du jeu.
Le dancing du sous-sol, mythique des Années folles aux années 1980, rouvre pour des soirées ponctuelles : renseignez-vous sur la programmation. La salle du haut, elle, n’a jamais cessé de servir.