C’est le plus beau décor de restaurant du monde, et il se mange. Le Grand Véfour, né « Café de Chartres » en 1784 sous les arcades toutes neuves du Palais-Royal, conserve intactes ses boiseries et ses peintures fixées sous verre du Directoire : guirlandes, déesses et corbeilles de fruits qui virent dîner Bonaparte et Joséphine, Lamartine, Colette (voisine du dessus) et Cocteau. Chaque banquette porte la plaque de laiton de son fantôme illustre ; la table d’angle dite « de Bonaparte » se réserve des mois à l’avance.
Où se trouve le Grand Véfour ? Repères sur le plan de Paris
17 rue de Beaujolais, galerie de Beaujolais du Palais-Royal, 1er, métro Palais Royal (1, 7) ou Bourse. La BnF Richelieu est à trois minutes par la galerie Vivienne. Épingle sur notre carte de Paris.
Une histoire : du café des révolutions à la haute cuisine
Café à la mode sous la Révolution (on y guettait les orateurs du jardin), la maison prit en 1820 le nom de son propriétaire Jean Véfour et devint la table des gloires du siècle. Sauvée de l’oubli en 1948 par Raymond Oliver, premier grand chef cathodique de France, elle retrouva les sommets : trois étoiles, le Tout-Paris littéraire, Colette descendue en voisine par l’escalier de la rue de Beaujolais. Guy Martin en tint les fourneaux un quart de siècle, y créant des classiques contemporains ; l’attentat de 1983, qui blessa la salle, ne ferma la maison que le temps de restaurer ses ors, aujourd’hui classés.
La table : les spécialités maison
- Le pigeon Prince Rainier III, farci foie gras et truffe : le plat de gala de la maison.
- Les ravioles de foie gras à l’émulsion truffée, classique moderne du lieu.
- La palette des desserts d’orfèvre, dont le fameux « palet noisette ».
- Une cave à la hauteur des arcades, bourgognes en majesté.
Modalités et infos pratiques
- Adresse : 17 rue de Beaujolais, 75001 Paris.
- Réservation indispensable, fermé le week-end, grand-vefour.com.
- Budget : grande table ; la formule déjeuner reste la clé d’entrée la plus douce vers le décor.
Petites histoires et grandes anecdotes
La plaque « Bonaparte » veille sur la banquette où le général courtisa Joséphine ; Colette, perdant l’usage de ses jambes, se faisait porter en chaise jusqu’à « sa » table, et Cocteau dessina pour la maison. Victor Hugo avait son rituel, vermicelles, mouton, haricots blancs, que la cuisine ressert aux amateurs d’histoire sur demande discrète. Quant aux peintures sous verre, elles n’ont jamais été déposées : on restaure autour d’elles, comme on nettoie autour d’un Fragonard.
Nos conseils pour la visite
Demandez la table de Bonaparte ou celle de Colette en réservant tôt, et arrivez en avance pour flâner sous les arcades du Palais-Royal à l’heure dorée. L’accord parfait du quartier : déjeuner au Véfour, café dans le jardin, trésors de la BnF Richelieu l’après-midi.
Oui : la banquette d’angle marquée « Bonaparte », où le futur empereur venait avec Joséphine, se réserve comme les autres, longtemps à l’avance. Chaque place porte la plaque d’un hôte illustre.
Pour l’essentiel, oui : boiseries et peintures fixées sous verre datent de la fin du XVIIIe siècle et sont classées monuments historiques, restaurées sur place après l’attentat de 1983.
Le pigeon Prince Rainier III, farci au foie gras et à la truffe, créé pour le prince de Monaco, et les ravioles de foie gras : deux monuments de la carte, à la hauteur du décor.