C’est un palais devenu jardin public, et peut-être le lieu le plus civilisé de Paris. Le Palais-Royal, bâti par Lemercier pour Richelieu (Palais-Cardinal, 1633), légué à la Couronne, fut la maison d’enfance de Louis XIV et le fief des Orléans. À la veille de la Révolution, le duc de Chartres borda le jardin de galeries marchandes : cafés, gazettes, plaisirs et idées neuves en firent « la capitale de Paris », zone franche où la police royale n’entrait pas. Aujourd’hui, entre la Comédie-Française, le Conseil d’État et le ministère de la Culture, le jardin aligne tilleuls, rosiers et chaises de fer pour les initiés.
Où se trouve le Palais-Royal ? Repères sur le plan de Paris
Entrée principale place Colette, 1er, face à la Comédie-Française, métro Palais Royal – Musée du Louvre (1, 7). Le Louvre est en vis-à-vis, la Fondation Cartier sur la place même. Épingle sur notre carte de Paris.
Une histoire : le jardin où tout a commencé
Le 12 juillet 1789, un jeune avocat monte sur une table du café de Foy, deux pistolets au poing : Camille Desmoulins appelle Paris aux armes, deux jours avant la Bastille. Tout le siècle des Lumières finissantes tient dans ces galeries : le premier restaurant moderne, les clubs, les filles et les philosophes, Bonaparte y perdant son cœur et les joueurs leur fortune. Le canon méridien du jardin, petit canon solaire de 1786, tonnait chaque midi vrai : les Parisiens réglaient leur montre « à l’heure du Palais-Royal ».
Que voir ?
- Les colonnes de Buren (1986) dans la cour d’honneur : l’art contemporain apprivoisé par l’usage, chacun y pose, s’y perche, y dépose une pièce.
- Le jardin et sa double rangée de tilleuls taillés, roseraies et bassin central.
- Les galeries de Valois, de Montpensier et de Beaujolais : boutiques rares, passages feutrés.
- Les sphères d’acier de Pol Bury dans la cour d’Orléans, fontaines qui miroitent.
Modalités et infos pratiques
- Accès : jardin et cours gratuits, tous les jours de l’aube à la nuit (horaires saisonniers affichés aux grilles).
- Palais : institutions en activité, intérieurs fermés au public hors Journées du patrimoine.
- Durée conseillée : 45 minutes de flânerie, davantage un livre à la main.
Petites histoires et grandes anecdotes
Colette vécut ses dernières années au 9 rue de Beaujolais, fenêtres sur le jardin qu’elle appelait « ma province » ; Cocteau logeait à deux pas, et leurs ombres se saluent encore place Colette. Le canon méridien, restauré, tonne de nouveau chaque mercredi à midi. Quant aux colonnes de Buren, conspuées en 1986 au point que le chantier faillit s’arrêter, elles sont devenues le décor photo le plus aimé du quartier : la polémique dort, les enfants sautent de colonne en colonne.
Nos conseils pour la visite
Venez à l’ouverture des grilles : le jardin embrumé, les jets du bassin et les merles composent le Paris rêvé. Prenez un café sous la galerie de Montpensier, cherchez la boutique de boîtes à musique et les échoppes de décorations anciennes, puis sortez côté Beaujolais vers la BnF Richelieu et la galerie Vivienne : c’est la plus jolie enfilade couverte de Paris.
Le jardin, les cours et les galeries sont en accès libre et gratuit tous les jours. Les bâtiments abritent le Conseil d’État, le Conseil constitutionnel et le ministère de la Culture : leurs intérieurs n’ouvrent qu’exceptionnellement, notamment aux Journées du patrimoine.
« Les Deux Plateaux », installation de Daniel Buren (1986) : 260 colonnes rayées de hauteurs inégales posées sur une trame dans la cour d’honneur. Contestée à sa création, l’œuvre est devenue un emblème du lieu.
Parce que ses galeries, interdites à la police du roi, concentraient cafés, presses et orateurs : c’est là que Camille Desmoulins appela Paris aux armes le 12 juillet 1789, prélude direct à la prise de la Bastille.