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SECRET PARISIEN

Paris, le mardi 15 septembre 2026

1er Arrt
placeDauphine
Monuments 1er arrondissement

La place Dauphine

Place Dauphine, 75001 Paris

Les façades de brique et pierre de la place Dauphine sous le soleil, bancs et jeunes arbres
Photo : Ana Paula Hirama, CC BY-SA 2.0, via Wikimedia Commons

Il faut presque un mot de passe pour la trouver : coincée entre le Pont-Neuf et le Palais de Justice, à la pointe de l’île de la Cité, la place Dauphine déploie son triangle de terre battue, de bancs et de façades rose et crème à l’écart de tous les flux. C’est la deuxième place royale de Paris, voulue par Henri IV en 1607 et nommée en l’honneur du dauphin, futur Louis XIII ; c’est aussi la plus déroutante, ni carrée ni ronde, et la plus aimée des écrivains, des avocats en pause et des joueurs de pétanque. On y entre par une fente entre deux pavillons de brique ; on n’en ressort jamais tout à fait pareil.

Où se trouve la place Dauphine ? Repères sur le plan de Paris

À la pointe occidentale de l’île de la Cité, dans le 1er arrondissement : l’entrée principale s’ouvre entre les deux pavillons de la place du Pont-Neuf, face à la statue équestre d’Henri IV, et la base du triangle s’adosse au Palais de Justice, rue de Harlay. Métro Pont-Neuf ou Cité, à deux minutes de marche ; le square du Vert-Galant attend en contrebas, à la proue de l’île.

Une histoire : le triangle du Vert-Galant

En 1607, Henri IV, qui vient d’achever le Pont-Neuf, offre le terrain à Achille de Harlay, premier président du Parlement, à charge d’y bâtir une place ordonnée : façades uniformes de brique, pierre et ardoise, sœurs cadettes de la place des Vosges. La géométrie du terrain impose le triangle, unique parmi les places royales. Au fil des siècles, la place perd une partie de ses maisons d’origine, le côté est tombe au XIXe siècle pour dégager le Palais de Justice, mais les deux pavillons d’entrée, côté Pont-Neuf, restent d’époque, et l’esprit du lieu traverse tout : un calme de province en plein centre du centre.

Au XXe siècle, la place devient un aimant à légendes : André Breton, dans Nadja, en fait le lieu le plus magnétique et le plus troublant de Paris, où son héroïne défaille ; la tradition surréaliste lui prête depuis une anatomie secrète dans le corps de la capitale. Plus tard, Simone Signoret et Yves Montand s’installent au numéro 15, et leur roulotte, comme disait le couple, devient l’adresse la plus discrètement célèbre de la ville : on croisait les deux visages du cinéma français à la terrasse du coin, entre deux tournages.

Que voir ?

  • Les deux pavillons d’origine encadrant l’entrée côté Pont-Neuf, brique rose et chaînages de pierre.
  • Le terrain central de terre battue, ses bancs, ses jeunes arbres et ses parties de pétanque d’habitués.
  • Les terrasses des restaurants et du caviste, calées contre les façades côté nord.
  • La perspective sur la statue d’Henri IV et le Pont-Neuf, en se retournant à l’entrée.

Modalités et infos pratiques

La place est publique, ouverte en permanence et gratuite ; les terrasses des restaurants vivent au rythme habituel du déjeuner et du dîner, et le triangle reste très calme le matin. Accès par la place du Pont-Neuf ou par la rue de Harlay, face au Palais de Justice ; métro Pont-Neuf (ligne 7) ou Cité (ligne 4). Les boules de pétanque se prêtent parfois, la conversation toujours.

Petites histoires et grandes anecdotes

La place doit aussi sa légende à ses habitués de papier : Georges Simenon y installe des scènes de Maigret, le commissaire aimant ses bancs entre deux interrogatoires du Quai des Orfèvres voisin, et les avocats du Palais viennent y répéter leurs plaidoiries à voix basse, dossiers sous le bras. Quant à la pétanque, elle se joue ici en semaine comme un rite : le cliquetis des boules sur la terre battue est devenu le son officiel du lieu, à cent mètres du tumulte du boulevard du Palais.

Nos conseils pour la visite

Venir le matin en semaine pour le triangle désert et la lumière rasante sur la brique ; revenir en fin d’après-midi pour la pétanque et les terrasses. Enchaîner avec la descente au square du Vert-Galant, la traversée du Pont-Neuf et, pour les lecteurs, une page de Nadja lue sur un banc : c’est l’endroit exact où le livre donne le vertige qu’il annonce.

Pourquoi la place Dauphine est-elle triangulaire ?

Parce que la pointe de l’île de la Cité imposait sa géométrie : le terrain offert par Henri IV en 1607 se resserrait vers le Pont-Neuf, et la place royale épousa ce triangle, cas unique à Paris. Les façades ordonnées répondaient à celles de la place des Vosges.

Quel est le lien entre la place Dauphine et Nadja ?

Dans Nadja, publié en 1928, André Breton décrit la place comme un lieu magnétique et troublant où son héroïne se sent défaillir : le triangle est devenu depuis un site de pèlerinage surréaliste, à lire sur place, livre en main.

Qui a habité la place Dauphine ?

Ses habitants les plus célèbres furent Simone Signoret et Yves Montand, installés au numéro 15 pendant des décennies : le couple appelait l’appartement sa roulotte. Le commissaire Maigret, habitant de papier, y a ses habitudes chez Simenon.

Mon carnet de voyage

La mémoire du lieu

Les histoires qui s’y sont écrites