En 1854, Louis Vuitton ouvre son atelier au 4 rue Neuve-des-Capucines, l’actuelle rue des Capucines, à l’ombre de la place Vendôme. Il a trente-trois ans et une biographie de roman : parti du Jura à treize ans, il a mis deux ans à gagner Paris à pied, travaillant de ville en ville, avant d’entrer comme apprenti chez le layetier-emballeur Maréchal. Seize ans plus tard, il emballe les malles de l’impératrice Eugénie.
Son idée tient en un geste. Les malles d’alors sont bombées, pour que l’eau ruisselle sur les impériales de diligence. Le chemin de fer et le paquebot changent tout : il faut empiler. En 1858, Vuitton présente une malle plate, légère, recouverte de toile Trianon grise et non plus de cuir, étanche et enfin superposable. Le succès est tel que l’atelier parisien ne suffit plus : en 1859, il installe à Asnières, au bord de la Seine, une manufacture que la famille occupe toujours.
Le Monogram Louis Vuitton, une arme contre les copieurs
Dès les années 1870, on copie la maison. Vuitton riposte par le dessin : rayures rouges et beiges en 1872, damier en 1888 avec la mention « marque L. Vuitton déposée ». À la mort de son père en 1892, Georges Vuitton pousse la logique au bout et dessine en 1896 la toile Monogram : les initiales LV entrelacées, des fleurs et des quadrilobes empruntés au répertoire japonisant alors à la mode. Le motif le plus contrefait du monde est né d’une politique anticontrefaçon.


La serrure que personne n’a ouverte
Georges Vuitton met aussi au point en 1886 la serrure à gorges à cinq points, dont chaque client reçoit une combinaison unique. Sûr de lui, il lance publiquement un défi à Harry Houdini : que le grand évadé s’échappe d’une malle Vuitton fermée. Le magicien n’a jamais relevé le gant. Autre curiosité, la maison a fabriqué au fil du temps des malles-lits pour explorateurs, des malles-bibliothèques, une malle à thé pour un maharadjah et même un lit de camp pour Pierre Savorgnan de Brazza.
Les dates qui fondent Louis Vuitton
- 1854 : ouverture rue Neuve-des-Capucines, aujourd’hui rue des Capucines, 2e.
- 1858 : la malle plate en toile Trianon, qui rend le bagage empilable.
- 1859 : les ateliers d’Asnières-sur-Seine, toujours en activité.
- 1885 : première boutique à Londres, Oxford Street.
- 1896 : la toile Monogram, dessinée par Georges Vuitton.
- 1930 : le Keepall, puis le Speedy, qui font entrer la maison dans la ville.
La rue des Capucines a perdu sa boutique d’origine, mais l’esprit a glissé de cent mètres, jusqu’à la place Vendôme. Pour voir le vrai berceau, il faut sortir de Paris et longer la Seine jusqu’à Asnières, où l’atelier de 1859 et la maison familiale Art nouveau tiennent toujours debout. La colonne Vendôme et le musée des Arts décoratifs marquent les deux bouts de son territoire parisien. L’adresse d’origine est épinglée sur notre carte de Paris.
Au 4 rue Neuve-des-Capucines à Paris, actuelle rue des Capucines dans le 2e arrondissement, en 1854. Cinq ans plus tard, il ouvrait ses ateliers à Asnières-sur-Seine, où la maison fabrique encore ses malles.
Parce que Louis Vuitton conçut en 1858 une malle au couvercle plat, recouverte de toile enduite et non de cuir bombé. Avec le train et le paquebot, il fallait pouvoir empiler les bagages : la malle plate rendit obsolètes les modèles arrondis des diligences.
Georges Vuitton, fils du fondateur, en 1896. Le motif d’initiales entrelacées et de fleurs quadrilobées fut dessiné pour rendre les bagages inimitables, la maison étant déjà massivement contrefaite depuis les années 1870.