En 1992, sous les arcades du Palais-Royal, une boutique violette ouvre au 142 galerie de Valois. Elle appartient à Serge Lutens, né à Lille en 1942, entré à quatorze ans comme apprenti coiffeur, devenu maquilleur pour Vogue, directeur de l’image de Dior puis de Shiseido. Le groupe japonais lui laisse carte blanche pour créer à Paris une boutique d’image. Il en fait autre chose : une maison de parfums d’auteur.
Le lieu est un manifeste. Boiseries laquées, frises peintes à la main, plafond constellé, et surtout un escalier en colimaçon qui monte vers un salon où l’on grave les flacons au nom du client. Rien n’y est neutre : la couleur, dominante et presque irrespirable pour certains, était le point de départ du parfum lui-même. Lutens a toujours dit concevoir le décor avant l’odeur.
Serge Lutens et la parfumerie de niche
Le premier parfum, Féminité du bois, sort en 1992 : un bois de cèdre de l’Atlas travaillé comme une matière fruitée, composé avec Christopher Sheldrake, qui bouleverse les codes de la parfumerie féminine. Suivent Ambre Sultan, Chergui, Un bois vanille, aux noms littéraires et aux flacons de cristal. Certains ne sont vendus qu’au Palais-Royal, ce qui fera de la boutique un lieu de pèlerinage pour les amateurs du monde entier, et posera les bases de ce qu’on appelle aujourd’hui la parfumerie de niche.
Les repères de Serge Lutens
- 1992 : ouverture des Salons du Palais Royal, 142 galerie de Valois.
- 1992 : Féminité du bois, premier parfum de la maison.
- Des exclusivités vendues uniquement à Paris, dans cette boutique.
- Flacons gravés au nom du client, à l’étage.
- Un décor entièrement conçu par le parfumeur lui-même.
Le Palais-Royal, refuge du luxe discret
Le choix du Palais-Royal n’est pas anodin. Ses jardins et ses galeries, qui furent au XVIIIe siècle le centre le plus bruyant de Paris, étaient devenus dans les années 1990 un lieu presque endormi, où subsistaient quelques antiquaires, un marchand de décorations militaires et de vieilles boutiques de médailles. Lutens y arrive avant les autres ; suivront Stella McCartney, Rick Owens et une poignée de maisons cherchant elles aussi le silence.
Traversez les jardins depuis la Comédie-Française, longez les colonnes de Buren, et cherchez la vitrine violette au fond de la galerie de Valois. L’adresse est épinglée sur notre carte de Paris.
Au 142 galerie de Valois, dans les jardins du Palais-Royal, 1er arrondissement. Les Salons du Palais Royal ont ouvert en 1992 et conservent leur décor violet d’origine.
Un créateur français né à Lille en 1942, d’abord coiffeur puis maquilleur pour Vogue, directeur de l’image de Dior puis de Shiseido, avant de fonder sa propre maison de parfums au Palais-Royal en 1992.
Non : une partie de la collection, dite exclusive, n’est vendue qu’aux Salons du Palais Royal à Paris. C’est cette rareté organisée qui a fait de la boutique un lieu de passage obligé pour les amateurs de parfum.