C’est la doyenne : Lanvin, fondée en 1889, est la plus ancienne maison de couture française encore en activité. Jeanne Lanvin a vingt-deux ans, elle est l’aînée de onze enfants, elle a été apprentie chez une modiste à treize ans et coursière à bicyclette. Elle ouvre son atelier de chapeaux au 16 rue Boissy d’Anglas, puis s’installe en 1893 au 22 rue du Faubourg Saint-Honoré, où la maison est toujours.
Le tournant vient de sa fille. Née en 1897, Marguerite, dite Marie-Blanche, est habillée par sa mère avec une invention et une finesse qui frappent les clientes de la boutique : elles réclament les mêmes robes pour leurs enfants, puis pour elles-mêmes. Lanvin ouvre un rayon enfants en 1908, un département femme en 1909, et entre à la Chambre syndicale de la couture. Une maison entière est née d’un vestiaire de petite fille.
Le bleu Lanvin et le logo de Paul Iribe
Deux signatures traversent le siècle. Le bleu Lanvin d’abord, un outremer profond que la couturière fit mettre au point dans sa propre usine de teinture à Nanterre, après avoir été frappée par les fresques de Fra Angelico lors d’un voyage en Italie. Le logo ensuite : en 1923, l’affichiste Paul Iribe dessine une mère et sa fille se tenant par la main, silhouettes tirées d’une photographie prise à un bal costumé de 1907. Peu de logos racontent aussi exactement l’origine d’une maison.


Arpège, le parfum d’un anniversaire
En 1927, pour les trente ans de sa fille, Jeanne Lanvin fait composer un parfum et le baptise Arpège, parce que Marie-Blanche, devenue cantatrice, en trouvait les notes montantes comme un arpège au piano. Le flacon est une boule noire dessinée par Armand-Albert Rateau, surmontée d’un bouchon en framboise et frappée à l’or du logo d’Iribe : l’un des rares parfums où l’histoire de famille est inscrite jusque sur le verre. La couturière avait créé sa société de parfums quatre ans plus tôt, avec sa propre usine à Nanterre.
Repères sur la maison Lanvin
- 1889 : atelier de modiste, 16 rue Boissy d’Anglas, 8e.
- 1893 : installation au 22 rue du Faubourg Saint-Honoré.
- 1923 : le logo mère et fille, dessiné par Paul Iribe.
- 1927 : Arpège, parfum offert pour les trente ans de Marie-Blanche.
- 1926 : ouverture d’un département masculin, une première pour une couturière.
Jeanne Lanvin fit décorer son appartement de la rue Barbet-de-Jouy par Armand-Albert Rateau : son boudoir bleu, démonté pièce à pièce, se visite aujourd’hui au musée des Arts décoratifs. La maison, elle, tient toujours le trottoir du Faubourg, à côté de l’hôtel de Crillon, et l’adresse est épinglée sur notre carte de Paris.
Oui, parmi celles encore en activité : Jeanne Lanvin fonda son atelier de modiste en 1889, avant Chanel, Dior ou Balenciaga. La maison occupe le 22 rue du Faubourg Saint-Honoré depuis 1893.
L’affichiste et décorateur Paul Iribe, en 1923. Il représente Jeanne Lanvin et sa fille Marguerite se tenant la main, d’après une photographie prise lors d’un bal costumé en 1907.
Un bleu outremer profond mis au point par la couturière dans sa propre teinturerie de Nanterre, inspiré, selon la maison, des fresques de Fra Angelico qu’elle avait vues en Italie.