Aller au contenu
SECRET PARISIEN

Paris, le mardi 8 septembre 2026

9e Arrt
boulevardMontmartre
Art

Pissarro : Boulevard Montmartre, effet de nuit

Boulevard Montmartre, effet de nuit, tableau de Camille Pissarro, 1897
Camille Pissarro, domaine public, via Wikimedia Commons

À soixante-six ans, Camille Pissarro ne peut plus peindre dehors : une infection chronique de l’œil lui interdit le vent et la poussière. Le doyen des impressionnistes trouve alors une parade qui va renouveler son art : il loue des chambres d’hôtel en étage et peint la ville par la fenêtre. En 1897, depuis le Grand Hôtel de Russie, à l’angle du boulevard des Italiens et de la rue Drouot, il exécute une série de quatorze toiles du boulevard Montmartre, à toutes les heures et par tous les temps.

Une seule montre la nuit. Boulevard Montmartre, effet de nuit saisit la chaussée mouillée où se reflètent les premiers éclairages électriques et les vitrines des grands magasins, dans une vibration d’orangés et de bleus. Les silhouettes ne sont plus que des taches, les voitures des traînées : c’est presque de l’abstraction, trente ans avant l’heure. La toile est aujourd’hui à la National Gallery de Londres.

Le Boulevard Montmartre, théâtre du Paris de 1900

Le boulevard Montmartre est alors l’artère la plus animée d’Europe : théâtres, passages couverts, cafés, journaux, foule permanente. Pissarro y voit ce que les autres ne regardent plus : un flux, un mouvement, une lumière artificielle qui change la couleur des choses. Ses séries urbaines, boulevard Montmartre, avenue de l’Opéra, place du Théâtre-Français, forment une chronique du Paris haussmannien vu d’en haut, sans une once de pittoresque. Monet avait ouvert la voie vingt-cinq ans plus tôt avec son Boulevard des Capucines, peint lui aussi depuis une fenêtre.

Retrouver le point de vue

  • Le carrefour Drouot, à l’angle du boulevard Montmartre et de la rue Drouot, 9e.
  • Les passages couverts voisins, Jouffroy et Panoramas, contemporains des toiles.
  • Le musée Grévin, ouvert en 1882, déjà en place quand Pissarro peignait.
  • Le théâtre des Variétés, dont la façade apparaît dans plusieurs vues de la série.

Le dernier des impressionnistes

Pissarro est le seul peintre à avoir participé aux huit expositions impressionnistes, de 1874 à 1886 : le patriarche du groupe, celui que Cézanne appelait « humble et colossal », qui conseilla Gauguin et Van Gogh. Anarchiste convaincu, il peignit d’abord les paysans avant de se tourner vers la ville ; ses vues de boulevards, peintes six ans avant sa mort, sont son testament. Elles disent une capitale prospère et pressée, observée avec une tendresse d’exilé, lui qui était né aux Antilles danoises.

Passez-y à la tombée du jour, un soir de pluie, quand les enseignes se reflètent dans l’asphalte : Pissarro, malade et enfermé, avait vu là le futur de la peinture. Le musée Grévin et les passages couverts sont sur le trottoir d’en face, le Bouillon Chartier à deux minutes, et le carrefour est épinglé sur notre carte de Paris.

Pourquoi Pissarro peignait-il depuis une fenêtre ?

Une infection chronique de l’œil l’empêchait de travailler en plein air, surtout par grand vent. À partir des années 1890, il loua des chambres d’hôtel en étage à Paris et à Rouen pour peindre la ville depuis l’intérieur, ce qui donna ses grandes séries urbaines.

Combien de toiles compte la série du boulevard Montmartre ?

Quatorze, peintes en 1897 depuis le Grand Hôtel de Russie, à l’angle du boulevard des Italiens et de la rue Drouot. Une seule représente la scène de nuit, conservée à la National Gallery de Londres.

Où se trouve le point de vue du tableau ?

Au carrefour du boulevard Montmartre et de la rue Drouot, dans le 9e arrondissement, à deux pas du musée Grévin et des passages couverts Jouffroy et des Panoramas.

tableau paris