Christian Louboutin ouvre sa première boutique en 1991, au 19 rue Jean-Jacques Rousseau, sous la verrière de la galerie Véro-Dodat, un passage couvert de 1826 alors à moitié endormi. Le choix est révélateur : plutôt que la rue Saint-Honoré, il prend un passage oublié, avec des colonnes de marbre noir et des plafonds peints, à cent mètres des anciennes Halles. La galerie s’est réveillée autour de lui.
Enfant du 12e arrondissement, il raconte avoir été bouleversé, adolescent, par un panneau d’interdiction aperçu à l’entrée du musée des Arts africains et océaniens : une chaussure à talon aiguille barrée d’une croix, pour protéger les parquets. Il dessina ce panneau pendant des années. Avant d’ouvrir, il a travaillé aux Folies Bergère, chez Charles Jourdan, chez Roger Vivier, et brièvement comme paysagiste.
La semelle rouge, née d’un flacon de vernis
En 1993, insatisfait d’un prototype inspiré des Fleurs d’Andy Warhol, qu’il trouve terne malgré le dessin, Louboutin remarque une assistante en train de se vernir les ongles. Il saisit le flacon de laque rouge et peint la semelle : la chaussure prend vie d’un coup. Il en fera sa signature, déposera la couleur, et passera vingt ans à la défendre devant les tribunaux du monde entier, gagnant notamment en 2018 devant la Cour de justice de l’Union européenne.
Les repères de la maison Christian Louboutin
- 1991 : première boutique, galerie Véro-Dodat, 1er arrondissement.
- 1993 : apparition de la semelle rouge laquée.
- Le rouge Pantone 18-1663 TP, déposé comme marque.
- Ateliers historiques et boutique masculine dans le même quartier.
- La galerie Véro-Dodat, passage couvert de 1826, classée.
Un passage couvert ressuscité
La galerie Véro-Dodat porte le nom de deux charcutiers, Véro et Dodat, qui la firent construire en 1826 pour relier la rue de Grenelle-Saint-Honoré aux Halles. Elle fut l’un des premiers lieux de Paris éclairés au gaz, connut la gloire, puis un long sommeil. L’arrivée de Louboutin, suivie de galeries d’art et d’ateliers de luthiers, lui a rendu ses passants : un cas rare de patrimoine parisien relancé par une boutique de chaussures.
Poussez la porte de la galerie depuis la rue du Bouloi, un jour de pluie : damier noir et blanc au sol, boiseries, verrière, et la première vitrine de la maison à main droite. Le Palais-Royal est à trois minutes, la Samaritaine à sept, et l’adresse est épinglée sur notre carte de Paris.
Au 19 rue Jean-Jacques Rousseau, dans la galerie Véro-Dodat, 1er arrondissement de Paris. Elle a ouvert en 1991 et la maison y est toujours présente.
Parce qu’en 1993, trouvant un prototype terne, Christian Louboutin emprunta le vernis à ongles rouge d’une assistante et en peignit la semelle. Le résultat le convainquit d’en faire la signature de la maison.
Oui : la teinte est déposée comme marque et la maison l’a défendue dans de nombreux procès à travers le monde, obtenant notamment gain de cause devant la Cour de justice de l’Union européenne en 2018.