Caron porte le nom d’une inconnue. Le 1er août 1903, Ernest Daltroff, chimiste autodidacte passionné d’odeurs, rachète à Madame Anne-Marie Caron une modeste « mercerie parfumerie » du 20 rue Rossini. Il garde l’enseigne, la trouvant plus élégante que la sienne, et fonde en 1904 la maison Caron, installée au 10 rue de la Paix, à deux pas de la place Vendôme.
En 1906, il rencontre Félicie Wanpouille, modiste installée dans la même rue. Elle deviendra sa collaboratrice, sa directrice artistique et la compagne de toute sa vie : lui compose les parfums, elle dessine les flacons, les écrins et les vitrines. Le duo produit en vingt ans quelques-uns des plus grands parfums français, Narcisse Noir en 1911, N’aimez que moi en 1917, Nuit de Noël en 1922.
Tabac Blond, le parfum des femmes qui fumaient
En 1919, alors que les Parisiennes se mettent à fumer publiquement au sortir de la Grande Guerre, Daltroff compose Tabac Blond, une odeur de cuir et de tabac assumée, destinée à celles que la société regarde de travers. C’est l’un des premiers parfums à revendiquer une transgression sociale plutôt qu’un bouquet floral, et il reste une référence absolue de la parfumerie du XXe siècle. Pour un Homme, lancé en 1934, sera l’un des premiers parfums masculins modernes.
Les orgues à parfums de Caron
La maison a inventé un rituel de vente qui n’existe nulle part ailleurs : les fontaines de Baccarat, grands vases de cristal alignés en boutique, dans lesquels les parfums sont conservés et servis au poids, la cliente apportant ou choisissant son flacon. On les a longtemps appelées les orgues à parfums. Ce dispositif, hérité des parfumeries du XIXe siècle, a survécu chez Caron quand toutes les autres maisons étaient passées au flacon scellé.
Les repères de la maison Caron
- 1903 : rachat du nom Caron à Anne-Marie Caron, 20 rue Rossini.
- 1904 : fondation de la maison, 10 rue de la Paix, 2e.
- 1906 : rencontre avec Félicie Wanpouille, directrice artistique.
- 1911 : Narcisse Noir, premier grand succès.
- 1919 : Tabac Blond, pour les femmes qui fumaient.
La rue de la Paix relie la place Vendôme au palais Garnier : au début du siècle, elle abritait autant de parfumeurs que de joailliers, à l’ombre de la colonne Vendôme. L’adresse est épinglée sur notre carte de Paris.
Ernest Daltroff, chimiste autodidacte, en 1904 au 10 rue de la Paix à Paris. Il avait racheté l’année précédente le nom d’une petite mercerie parfumerie tenue par Anne-Marie Caron, rue Rossini, et l’avait conservé.
Un parfum de cuir et de tabac composé en 1919 pour les femmes qui, au sortir de la Première Guerre mondiale, se mettaient à fumer en public. C’est l’un des premiers parfums à revendiquer une transgression sociale.
Les fontaines de cristal Baccarat installées en boutique, dans lesquelles les parfums sont conservés et vendus au poids. Ce mode de vente hérité du XIXe siècle a survécu chez Caron bien après sa disparition ailleurs.