En octobre 1926, le Vogue américain publie le croquis d’une robe droite, manches longues, au genou, sans un ornement, et lui trouve un surnom : la Ford de Chanel. La comparaison avec la voiture noire produite à la chaîne n’est pas un compliment de couturier, c’est un constat d’industriel. La petite robe noire vient de naître dans la presse, et avec elle l’idée qu’un vêtement de luxe peut ressembler à un uniforme.
Une histoire : pourquoi la petite robe noire a fait scandale
Il faut se rappeler ce qu’était le noir en 1926. La couleur des veuves, dont la guerre venait de remplir les rues, et celle des domestiques. Une femme du monde ne portait pas de noir le jour, sauf en deuil. Chanel, elle, déteste la palette orientaliste remise à la mode par Paul Poiret, ces couleurs qu’elle juge tapageuses. Elle prend le noir des autres et en fait le fond de garde-robe des élégantes.
Le scandale tient à deux choses : la couleur, et la longueur, qui s’arrête au genou. Poiret, beau joueur et mauvaise langue, résume l’affaire d’une formule qui restera : Chanel a inventé la « pauvreté du luxe ». Il faut être honnête sur un point, et les conservatrices de mode le rappellent volontiers : Chanel n’a pas inventé la robe noire, portée par beaucoup de femmes avant elle. Elle a fait mieux, ou pire, elle l’a imposée comme un signe d’élégance et de modernité, et l’a signée.
Olivier Saillard, ancien directeur du palais Galliera, donne la meilleure description de ces robes des années 1920 : « c’est vraiment un tee-shirt ». Pas de virtuosité de coupe, un principe. Christian Dior, qui n’était pourtant pas de son camp, tranchera : la petite robe noire est un élément essentiel de la garde-robe d’une femme. Karl Lagerfeld ajoutera qu’avec elle, on n’est jamais trop ni pas assez habillée.
Ce qui fait une vraie petite robe noire
- La ligne droite, sans taille marquée, héritée des robes de jour en jersey que Chanel taillait depuis la guerre.
- La longueur au genou, provocation de 1926 devenue standard mondial.
- L’absence de décoration : tout se joue sur la matière, crêpe, mousseline, dentelle, et sur le tombé.
- Les accessoires, obligatoires. Une robe aussi nue exige des perles, beaucoup, vraies ou fausses, c’est justement l’idée.
- Le noir, enfin, qui ne pardonne rien : la moindre faute de coupe s’y voit comme une tache.
Le modèle a fait carrière ailleurs : Givenchy pour Audrey Hepburn dans Diamants sur canapé, Yves Saint Laurent pour Catherine Deneuve, Azzedine Alaïa qui en a fait sa signature. Cent ans après, les maisons de prêt-à-porter en vendent toujours, et personne ne prend la peine d’expliquer de quoi il s’agit.
Où voir des petites robes noires à Paris
Le palais Galliera, musée de la mode de la Ville de Paris, en conserve et en expose au fil de ses accrochages, souvent avec les robes de ses concurrentes de l’époque, ce qui est la meilleure façon de mesurer le choc. Le musée des Arts décoratifs, rue de Rivoli, garde lui aussi une collection de mode considérable. Quant à l’atelier d’origine, il est toujours rue Cambon, dans l’immeuble du 31.
Le saviez-vous ?
Le surnom de Ford était plus juste que Vogue ne le croyait. Le modèle T se déclinait alors dans une seule teinte, le noir, parce que ce vernis séchait plus vite et permettait de tenir la cadence de la chaîne. Une robe unique en une seule couleur, faite pour être portée partout et par toutes : la comparaison était une moquerie, elle est devenue un programme.
Sa création est attribuée à Gabrielle Chanel en 1926, quand Vogue publie son modèle. Les historiennes de la mode rappellent que d’autres femmes portaient déjà du noir au quotidien : Chanel en a fait un symbole d’élégance et l’a imposé.
C’est le surnom donné par le Vogue américain en octobre 1926, par comparaison avec la Ford modèle T, voiture noire produite en série. La robe était simple, sombre et destinée à toutes.
Parce que le noir était réservé au deuil et aux domestiques, et parce que la robe s’arrêtait au genou. Paul Poiret y a vu ce qu’il appelait la pauvreté du luxe.
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