Tout commence par des chapeaux. En 1910, Gabrielle Chanel, vingt-sept ans, ouvre Chanel Modes au 21 rue Cambon, à deux pas de la rue de Rivoli. Le bail lui interdit d’y faire commerce de couture : elle ne vendra donc que des chapeaux, épurés jusqu’à l’os, quand la mode croule sous les plumes et les fruits en tissu. Les actrices s’en emparent, la presse suit, et la contrainte du bail devient la signature d’une maison.
Elle a grandi à l’orphelinat d’Aubazine, chanté dans un beuglant de Moulins, où le refrain Qui qu’a vu Coco lui a laissé son surnom. Ce qu’elle apporte à Paris n’est pas un goût, c’est une soustraction : elle retire le corset, raccourcit les jupes, taille dans le jersey, une matière de sous-vêtement masculin que personne n’osait montrer. En 1918, elle achète l’immeuble entier du 31 rue Cambon et y installe sa couture. Elle n’en bougera plus.
Ce que la maison Chanel a inventé rue Cambon
Le 31 tient en quatre étages devenus mythologie : la boutique au rez-de-chaussée, les salons au premier, l’atelier au troisième, l’appartement au deuxième, où elle recevait mais n’a jamais dormi. Entre les deux, l’escalier aux miroirs, où elle s’asseyait pendant les défilés pour voir sans être vue, démultipliée par les glaces. C’est là que naissent le No 5 en 1921, la petite robe noire en 1926, le tailleur en tweed en 1954, et le sac matelassé 2.55 en février 1955.

Le double C, les camélias et quelques légendes
Le double C entrelacé apparaît vers 1925 : on le dit inspiré des vitraux de la chapelle d’Aubazine, ou des blasons du château de Crémat à Nice. La maison n’a jamais tranché, et c’est très bien ainsi. Le No 5 doit son nom au cinquième flacon d’une série d’essais du parfumeur Ernest Beaux ; Chanel, superstitieuse, présenta le parfum un 5 mai. Quant au camélia, fleur sans parfum, elle l’a choisi précisément parce qu’il ne concurrençait pas ses fragrances.
Suivre les traces de Chanel dans Paris
- Le 31 rue Cambon, 1er arrondissement, siège de la maison depuis 1918.
- L’hôtel Ritz, place Vendôme, où elle vécut plus de trente ans dans une suite modeste.
- Le palais Galliera, musée de la mode de la Ville de Paris.
- Le musée des Arts décoratifs, où le tailleur et le No 5 sont entrés dans les collections.
- Sa tombe, à Lausanne, ornée de cinq têtes de lion : elle était Lion, et le chiffre la poursuivait.
Remontez la rue Cambon depuis la rue de Rivoli, un matin, quand les vendeuses lèvent les rideaux : la devanture noire et blanche est la même qu’en 1918, et l’on comprend qu’une maison peut tenir toute une vie dans une seule rue. Le Printemps et les Galeries Lafayette sont à dix minutes, la place Vendôme juste derrière, et l’adresse est épinglée sur notre carte de Paris.
Au 21 rue Cambon, dans le 1er arrondissement de Paris, où Gabrielle Chanel ouvrit une boutique de chapeaux en 1910 sous l’enseigne Chanel Modes. En 1918, elle acheta l’immeuble du 31 rue Cambon, adresse de la maison depuis lors.
Parce que son bail du 21 rue Cambon lui interdisait d’y exercer la couture, un commerce déjà pratiqué dans l’immeuble. Elle se limita donc aux chapeaux, dont l’extrême simplicité fit sa réputation avant qu’elle ne passe au vêtement.
Du cinquième flacon de la série d’essais présentée par le parfumeur Ernest Beaux en 1921. Gabrielle Chanel, très superstitieuse, retint ce numéro et lança le parfum un 5 mai, le cinquième jour du cinquième mois.