Sans lui, il n’y a pas de maison Chanel. Boy Capel, de son vrai nom Arthur Edward Capel, est un homme d’affaires anglais, joueur de polo, riche du charbon, et c’est lui qui avance en 1910 les fonds du premier magasin de la rue Cambon. Le caricaturiste Sem les croque ensemble dès 1913 dans son album Tangoville sur mer : à Deauville, tout le monde a compris qui était cette jeune femme et qui l’accompagnait.
Une histoire : Boy Capel, de Royallieu à la rue Cambon
Elle a vingt-cinq ans et vit au domaine de Royallieu, près de Compiègne, chez Étienne Balsan, officier devenu éleveur de chevaux. Elle s’y ennuie, apprend les codes du monde et fabrique des chapeaux pour tuer le temps. Dans l’entourage de Balsan, elle rencontre Capel et devient sa maîtresse en 1909. Il la fait venir à Paris. En 1910, il lui prête de quoi acheter une patente et ouvrir un salon de modiste au 21 rue Cambon, sous l’enseigne Chanel Modes.
À l’été 1913, le couple séjourne à Deauville et Capel y loue une boutique, rue Gontaut-Biron, l’actuelle rue Lucien-Barrière, entre le casino et l’hôtel Normandy. Chanel y vend des chapeaux, puis des vestes, puis des jupes, et l’enseigne prend son nom entier : Gabrielle Chanel. En 1915, elle ouvre à Biarritz sa troisième adresse, la première vraie maison de couture puisqu’un atelier y travaille. Trois boutiques en cinq ans, financées au départ par un homme qui n’a jamais demandé à figurer sur l’enseigne.
Capel épouse en 1918 une aristocrate anglaise, Diana Wyndham, sans cesser de la voir. Le 22 décembre 1919, il se tue en voiture dans le Midi, sur la route de Cannes. Elle a trente-six ans et vient de perdre à la fois son amant et son associé de l’ombre. Le noir qu’elle imposera à toute la mode sept ans plus tard, elle commence à le porter là.
Ce que Capel a laissé dans le style Chanel
- Le vestiaire masculin : ses chandails, ses vestes de sport, la souplesse anglaise, qu’elle s’approprie et coupe pour des femmes.
- Le jersey, tricot d’homme et de sous-vêtement, qu’elle impose en couture pendant la guerre, faute de tissu et par goût du confort.
- Le beige et le noir, deux couleurs de discrétion assumée qui deviennent sa signature.
- Le principe même de l’indépendance financière : elle rembourse Capel, refuse ensuite d’être entretenue, et bâtira sa fortune sur ses ventes.
Sur ses traces à Paris
Le 21 rue Cambon, où tout a commencé, est à quelques mètres du 31 qu’elle occupera à partir de 1918 et qu’elle ne quittera plus. Toute la rue tient en trois cents mètres, entre la rue de Rivoli et les grands boulevards, et l’on peut la remonter en dix minutes en lisant l’histoire de l’immeuble et de son escalier aux miroirs. À deux pas, la colonne Vendôme marque le quartier des joailliers où elle viendra plus tard bousculer les habitudes.
Le saviez-vous ?
Sem, l’auteur du dessin qui illustre cet article, était le caricaturiste le plus redouté de la Belle Époque. Croquer Chanel et Capel dans un album consacré à Deauville en 1913 revenait à les afficher officiellement : c’est, en quelque sorte, la première couverture de presse de la maison, et elle est signée d’un dessin à charge.
Arthur Edward Capel, dit Boy, homme d’affaires anglais enrichi dans le charbon et joueur de polo. Amant de Gabrielle Chanel à partir de 1909, il finance en 1910 sa première boutique, au 21 rue Cambon à Paris.
Dans un accident de voiture, le 22 décembre 1919, sur une route du Midi. Gabrielle Chanel avait trente-six ans et ne s’en est jamais tout à fait remise.
Le salon de modiste du 21 rue Cambon en 1910, puis la boutique de Deauville louée à l’été 1913. Biarritz suivra en 1915, avec le premier atelier de couture de la maison.
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