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SECRET PARISIEN

Paris, le mardi 8 septembre 2026

8e Arrt
placede Dublin
Art

Caillebotte : Rue de Paris, temps de pluie

Rue de Paris, temps de pluie, tableau de Gustave Caillebotte, 1877
Gustave Caillebotte, domaine public, via Wikimedia Commons

Il pleut, et Paris n’a jamais été aussi neuf. En 1877, Gustave Caillebotte plante son chevalet à l’angle de la rue de Turin et de la rue de Moscou, dans le quartier de l’Europe sorti de terre vingt ans plus tôt, et peint une toile immense de plus de deux mètres : Rue de Paris, temps de pluie. Un couple élégant avance vers nous sous un parapluie, un passant coupe le cadre à droite, les pavés miroitent. Rien ne se passe, et c’est tout le sujet.

Caillebotte n’est pas un impressionniste comme les autres. Riche héritier, il achète les toiles de ses amis Monet et Renoir pour les faire vivre, et peint lui-même avec une précision presque photographique que ses camarades jugent trop sage. Ici, il utilise la perspective à la règle, calcule chaque fuite, place son horizon avec une rigueur d’ingénieur, puis casse tout par un cadrage insolent : le passant de droite est amputé par le bord de la toile, comme sur un cliché pris à la volée.

Le carrefour de l’Europe, laboratoire du Paris haussmannien

Le quartier peint ici est alors la vitrine du Paris d’Haussmann : rues nommées d’après les capitales européennes, immeubles de pierre de taille identiques, trottoirs larges, réverbères au gaz. Le carrefour existe toujours, rebaptisé place de Dublin, dans le 8e arrondissement, à quelques pas de la gare Saint-Lazare que Monet peindra la même année. On peut s’y poster aujourd’hui et retrouver, presque à l’identique, l’immeuble en proue qui coupe la toile en deux.

Le tableau fit sensation à la troisième exposition impressionniste de 1877, que Caillebotte organisa et finança lui-même, aux côtés du Boulevard des Capucines de Monet. La critique loua la maîtrise, s’inquiéta de la froideur ; le public, lui, reconnut sa ville. Aujourd’hui conservé à l’Art Institute de Chicago, il est devenu l’image mondiale du Paris de la fin du XIXe siècle, reproduite sur des millions d’affiches.

Rue de Paris, temps de pluie : ce qu’il faut regarder de près

  • Le point de fuite caché derrière le réverbère central, qui organise toute la composition.
  • Les pavés, peints un à un avec des reflets bleutés : Caillebotte a passé des semaines sur le sol.
  • Les visages, curieusement absents : personne ne se regarde, chacun avance dans sa bulle.
  • Le parapluie du couple, dont la courbe reprend exactement celle du toit de l’immeuble.

Un siècle et demi plus tard, un jour de pluie place de Dublin, avec les mêmes façades et les mêmes parapluies, on comprend ce que Caillebotte avait vu le premier : la solitude moderne dans la foule, peinte avant que le mot n’existe. Sa collection, léguée à l’État en 1894 et longtemps refusée, forme aujourd’hui le cœur du musée d’Orsay ; le Printemps Haussmann, ouvert dix ans plus tôt à deux rues de là, appartient au même Paris tout neuf. Le carrefour est épinglé sur notre carte de Paris.

Où se trouve le carrefour peint dans Rue de Paris, temps de pluie ?

Place de Dublin, dans le 8e arrondissement de Paris, à l’intersection des rues de Turin, de Moscou et de Saint-Pétersbourg, tout près de la gare Saint-Lazare. L’immeuble en proue visible sur la toile existe toujours.

Où est conservé le tableau de Caillebotte ?

À l’Art Institute de Chicago, qui l’a acquis en 1964. La toile, de plus de deux mètres sur trois, y est l’une des œuvres les plus visitées du musée.

Pourquoi Caillebotte est-il considéré à part chez les impressionnistes ?

Parce que sa touche est nette et sa perspective calculée à la règle, loin des empâtements de Monet ou Renoir. Mécène autant que peintre, il acheta les toiles de ses amis et légua sa collection à l’État, socle du musée d’Orsay.

tableau paris