En 1786, les démolisseurs attaquent. Sur ordre du roi, les maisons construites sur le pont Notre-Dame doivent disparaître : elles obstruent le fleuve, menacent ruine et cachent la vue. Hubert Robert, peintre des jardins du roi surnommé « Robert des ruines », plante son chevalet et peint le chantier en direct, avec ses charpentes éventrées, sa poussière dorée et ses badauds qui regardent tomber un monde.
Le tableau, conservé au musée du Louvre, est à la fois un document et une émotion. Robert avait passé onze ans à Rome à dessiner des temples effondrés ; il applique à Paris le même regard, celui d’un homme qui voit dans toute construction sa future ruine. Sous son pinceau, la démolition d’un pont ordinaire prend des airs d’antiquité en train de naître, et le chantier devient un théâtre où la lumière traverse les planchers arrachés.
Le pont Notre-Dame et les maisons des ponts de Paris
Pendant cinq siècles, les ponts parisiens portaient des maisons : leurs loyers finançaient l’entretien de l’ouvrage, et l’on y tenait boutique au-dessus de l’eau. Le pont au Change abritait les changeurs et les orfèvres, le pont Notre-Dame les marchands d’estampes, le pont Marie des logements entiers. Mais les crues emportaient les maisons avec leurs habitants, les incendies s’y propageaient sans issue, et les hygiénistes des Lumières réclamaient de l’air et de la lumière. Une série d’ordonnances, de 1769 à 1788, fit tout raser : en vingt ans, Paris a découvert sa Seine.
Le peintre qui a sauvé la mémoire
Hubert Robert (1733-1808) fut bien plus qu’un témoin. Nommé garde des tableaux du roi puis l’un des premiers conservateurs du Muséum central des arts, l’ancêtre du Louvre, il dessina lui-même les aménagements de la Grande Galerie. Arrêté sous la Terreur et emprisonné à Saint-Lazare, il y peignit des dessus de portes et de la vaisselle, et échappa à la guillotine par une homonymie : un autre Robert monta à l’échafaud à sa place. Libéré après Thermidor, il reprit ses chantiers et ses ruines jusqu’à sa mort.
Ce qu’il faut retenir
- Une ordonnance royale fait raser les maisons du pont Notre-Dame en 1786.
- Hubert Robert peint le chantier sur le vif, cas rare dans la peinture française.
- Le tableau est conservé au musée du Louvre.
- Le pont actuel date de 1919 et a hérité du surnom de « pont du Diable ».
- Le Pont-Neuf, seul pont parisien conçu dès l’origine sans maisons sur son tablier.
Traversez le pont Notre-Dame aujourd’hui, du quai de Gesvres à l’île de la Cité, à deux pas de la Conciergerie : rien ne rappelle les maisons d’autrefois, sinon cette toile du Louvre et le nom des rues alentour. Le lieu est épinglé sur notre carte de Paris.
Pour dégager le cours de la Seine, limiter les incendies et les effondrements lors des crues, et répondre aux préoccupations hygiénistes des Lumières. Une série d’ordonnances royales, entre 1769 et 1788, fit raser toutes ces constructions.
Un peintre français (1733-1808) surnommé « Robert des ruines », spécialiste des architectures en décomposition après onze années passées à Rome. Devenu conservateur des collections royales, il fut emprisonné sous la Terreur et échappa de peu à la guillotine.
Au musée du Louvre, qui conserve plusieurs vues parisiennes d’Hubert Robert, dont ce chantier de 1786, précieux témoignage sur la transformation de la Seine.