Aucune maison de luxe n’a débuté aussi modestement. En 1945, dans un Paris qui sort de l’Occupation, Céline Vipiana, vingt-cinq ans, et son mari Richard ouvrent au 52 rue de Malte, dans le 11e, un magasin de chaussures sur mesure pour enfants. L’enseigne annonce sobrement « le bottier pour enfants ». On y vient faire chausser des petits pieds, pas acheter du luxe.
Le premier logo est un éléphant rouge, dessiné par Raymond Peynet, le père des célèbres amoureux : on en offre une miniature à chaque enfant qui franchit la porte. Trois ans plus tard, trois nouvelles boutiques ouvrent dans Paris. La maison ne se tournera vers la femme qu’en 1960, avec des gants, des mocassins et des sacs, avant le prêt-à-porter en 1967.
Céline et la chaîne de l’Arc de triomphe
En 1971, Céline Vipiana cherche un emblème à la hauteur de ses ambitions. Elle le trouve place de l’Étoile, dans les chaînes qui entourent l’Arc de triomphe : leurs maillons, dessinés en blason, deviennent le fameux motif Sulky qui habille sacs, boucles et carrés. Peu de logotypes sont aussi littéralement parisiens, et le geste dit tout de la maison : prendre un détail de la voirie et le transformer en signe de luxe.
Céline Vipiana, un demi-siècle aux commandes
Elle a dirigé sa maison pendant plus de cinquante ans, jusqu’à sa mort en 1997, sans jamais céder à la mode des créateurs vedettes ni multiplier les entretiens. Le style Céline se fixe dans les années 1970 autour d’une élégance bourgeoise et sportive, cuir souple, mocassins à mors, imprimés de sulkys et de calèches, très prisée à l’étranger. La maison entre dans le groupe LVMH en 1996, et connaîtra ensuite les réinventions successives de Michael Kors, Phoebe Philo et Hedi Slimane, qui fera tomber l’accent aigu du nom.
Les dates de la maison Céline
- 1945 : ouverture du bottier pour enfants, 52 rue de Malte, 11e.
- 1960 : virage vers la femme, gants et maroquinerie.
- 1967 : première collection de prêt-à-porter.
- 1971 : le blason inspiré des chaînes de l’Arc de triomphe.
- 1997 : entrée dans le groupe LVMH, avenue Montaigne.
La rue de Malte reste une rue d’artisans et de petits commerces, à deux pas de la place de la République : rien n’y signale que le luxe français y a poussé. Le palais Galliera et le musée des Arts décoratifs racontent la suite, et l’adresse est épinglée sur notre carte de Paris.
Comme un magasin de chaussures sur mesure pour enfants, ouvert en 1945 par Céline et Richard Vipiana au 52 rue de Malte, dans le 11e arrondissement de Paris. La maison ne s’est tournée vers la mode féminine qu’en 1960.
Un éléphant rouge dessiné par Raymond Peynet, l’illustrateur des Amoureux. On en offrait une miniature aux enfants qui venaient se faire chausser dans la boutique.
Des chaînes qui entourent l’Arc de triomphe, place de l’Étoile. Céline Vipiana en tira en 1971 le motif de maillons devenu la signature de la maison sur ses sacs et ses accessoires.