Jean Bugatti, fils du constructeur, a fait le trajet de Molsheim à Paris en trois heures cinquante-cinq, au volant d’une Bugatti Type 43, accompagné du lieutenant Loiseau. Quatre cent cinquante kilomètres de routes nationales pavées, bordées d’arbres, sans autoroute ni revêtement moderne, à plus de cent vingt kilomètres à l’heure de moyenne. Nous sommes à la fin des années vingt, et la performance tient autant du pilote que de la machine.
Une histoire : la Bugatti Type 43, première routière à 160
La Type 43 sort en 1927 et n’est produite qu’à cent soixante exemplaires jusqu’en 1932. Sa particularité est d’emprunter le moteur d’une voiture de course, le huit cylindres en ligne de 2,3 litres compressé de la Type 35B, et de le monter dans un châssis de route. Le résultat est la première automobile de série capable de dépasser les cent soixante kilomètres à l’heure, à une époque où la plupart des voitures peinaient à en tenir quatre-vingts.
Molsheim, en Alsace, est l’usine ; Paris est le marché. Ettore Bugatti, italien de naissance, français d’adoption, vendait ses voitures à une clientèle mondaine qui fréquentait les concours d’élégance, les rallyes et les théâtres. Le voyage entre les deux villes était donc à la fois une livraison, une démonstration et une publicité : arriver vite à Paris valait tous les arguments de vente.
Ce qui rendait l’exploit possible
- Le moteur compressé de la Type 35B, moteur de grand prix monté sur une voiture de route.
- La légèreté : les carrosseries Bugatti pesaient une fraction de ce que pèse une automobile d’aujourd’hui.
- Des routes vides. La France comptait alors quelques centaines de milliers de voitures, contre des dizaines de millions aujourd’hui.
- L’absence de limitation générale de vitesse, qui n’arrivera qu’en 1974.
- Un pilote qui était aussi le dessinateur des plus belles carrosseries de la marque, et qui se tuera en 1939 à trente ans, en essayant une voiture près de l’usine.
Bugatti et Paris
La marque a toujours eu besoin de la capitale : ses clients y vivaient, ses concurrents y exposaient, et le Salon de l’automobile se tenait sous la nef du Grand Palais avant de rejoindre la porte de Versailles. Les plus belles Bugatti d’avant-guerre ont été carrossées pour des Parisiens, et plusieurs dorment aujourd’hui dans des collections publiques françaises.
Le saviez-vous ?
Ettore Bugatti dessinait ses voitures comme des objets d’art et détestait qu’on les jugeât sur la seule mécanique. Quand un client se plaignit que les freins de sa Bugatti manquaient de mordant, il aurait répondu que ses voitures étaient faites pour aller vite, pas pour s’arrêter. L’anecdote est trop belle pour être sûre, mais elle décrit exactement la Type 43.
Une voiture de sport produite à cent soixante exemplaires entre 1927 et 1932, équipée du moteur compressé de la Type 35B de grand prix. C’est la première automobile de série capable de dépasser les cent soixante kilomètres à l’heure.
Le fils d’Ettore Bugatti, fondateur de la marque. Dessinateur des carrosseries les plus célèbres de la maison, il est mort en 1939, à trente ans, en essayant une voiture près de l’usine de Molsheim.
La Cité de l’Automobile de Mulhouse en conserve la plus grande collection au monde, née du fonds des frères Schlumpf. Des exemplaires apparaissent régulièrement dans les concours d’élégance parisiens.