La maison la plus discrète du luxe français est née d’un métier de force. En 1837, Thierry Hermès, fils d’aubergiste allemand devenu maître sellier, ouvre un atelier de harnais au 56 rue Basse-du-Rempart, une voie disparue depuis sous le boulevard de la Madeleine. Il ne vend pas aux cavaliers mais aux carrossiers, et sa couture sellier, deux aiguilles menées en sens inverse sur un même fil, gagne une médaille à l’Exposition universelle de 1867.
En 1880, son fils Charles-Émile installe la maison au 24 rue du Faubourg Saint-Honoré, où elle n’a plus bougé, et ajoute la selle au harnais : on entre désormais chez Hermès pour se faire mesurer une selle. Le troisième, Émile-Maurice, comprend le premier que l’automobile va tuer l’attelage, et fait glisser la maison du cheval au voyage, du voyage au vêtement, du vêtement au carré.
Ce que le 24 Faubourg doit à Hermès
L’immeuble est un manifeste : atelier au sommet, boutique en bas, et sur le toit un cavalier de zinc portant l’écharpe, hommage aux carrés. Émile-Maurice y installe un musée privé d’objets équestres que la famille enrichit encore. C’est là qu’apparaissent le sac à dépêches devenu Kelly en 1956, quand Life photographie Grace de Monaco s’en servant pour dissimuler sa grossesse, puis le Birkin en 1984, né d’une conversation d’avion entre Jane Birkin et Jean-Louis Dumas.
La fermeture Éclair, ramenée du Canada
En 1918, Émile-Maurice visite au Canada une usine de carrosseries et repère un système de fermeture inconnu en France, la zipper. Il en acquiert l’exclusivité européenne pour le cuir et l’habillement : pendant des années, les Parisiens appellent l’objet une fermeture Hermès. Le premier vêtement français à en porter une est un blouson de golf commandé par le prince de Galles. Quant au logo, ce duc attelé tiré d’un dessin d’Alfred de Dreux, il montre une voiture, un cheval et un cocher absent : la maison fournit l’équipage, au client de tenir les rênes.
Repères pour comprendre Hermès
- 1837 : atelier de harnais, rue Basse-du-Rempart, près de l’église de la Madeleine.
- 1880 : installation au 24 rue du Faubourg Saint-Honoré, adresse toujours occupée.
- 1937 : le premier carré de soie, Jeu des omnibus et dames blanches.
- 1949 : la cravate, née d’un refus d’entrée au casino de Cannes.
- Le collier de chien, accessoire équestre devenu bracelet.
Poussez la porte du 24 : le parquet craque, l’odeur de cuir est celle de 1880, et les vitrines changent quatre fois par an sous la main d’un décorateur maison. Le Bristol et l’hôtel de Crillon encadrent la rue, et l’adresse est épinglée sur notre carte de Paris.
Au 56 rue Basse-du-Rempart à Paris, une rue aujourd’hui disparue sous le boulevard de la Madeleine, où Thierry Hermès ouvrit un atelier de harnais en 1837. La maison s’installa au 24 rue du Faubourg Saint-Honoré en 1880.
Le duc attelé, tiré d’un dessin d’Alfred de Dreux, montre une voiture et un cheval mais le siège du cocher reste vide. La maison y voit sa promesse : elle fournit l’équipage, le client mène l’attelage.
Émile-Maurice Hermès en découvrit le principe au Canada en 1918 et en obtint l’exclusivité européenne pour le cuir et l’habillement. Les Parisiens la nommèrent longtemps fermeture Hermès.