Jean Paul Gaultier est le seul grand couturier français à n’être passé par aucune école. Né à Arcueil en 1952, élevé par une grand-mère cartomancienne dont le boudoir lui apprend les corsets et les fards, il dessine des croquis qu’il envoie aux maisons de couture. Pierre Cardin l’engage comme assistant le jour de ses dix-huit ans, en 1970. Six ans plus tard, en 1976, il présente sa première collection sous son nom, financée à l’économie, mannequins recrutés dans la rue et bijoux faits de boîtes de conserve.
Son Paris n’est pas celui de l’avenue Montaigne : c’est celui des Halles, de Pigalle et des clubs. Il prend le vestiaire populaire, la marinière de docker, le bleu de travail, le tatouage, la jupe portée par les hommes en 1985, et les fait entrer dans la mode. Ses défilés, joyeux et bruyants, font monter sur le podium des mannequins âgés, très gros, très minces, tatoués, bien avant que l’époque n’en fasse un sujet.
Jean Paul Gaultier et le corset de Madonna
En 1990, Madonna lui commande les costumes de sa tournée Blond Ambition. Il dessine un corset rose à bonnets coniques porté par-dessus un costume d’homme rayé : l’image fait le tour du monde et devient l’un des vêtements les plus reconnaissables du XXe siècle. Il l’avait esquissé enfant, sur son ours en peluche Nana, à qui il avait fabriqué des seins en papier journal. Le corset est aujourd’hui dans les collections publiques, la peluche aussi.

Le parfum en boîte de conserve
En 1993, il lance Classique dans un flacon en forme de buste corseté, vendu dans une boîte de conserve métallique. L’idée vient de son enfance : les mannequins de couturière de sa grand-mère, et le goût du détournement. Le masculin, Le Mâle, sort en 1995 dans un torse en marinière, composé par un jeune parfumeur de vingt-cinq ans nommé Francis Kurkdjian. C’est encore aujourd’hui l’un des parfums masculins les plus vendus au monde.
Les repères de la maison Jean Paul Gaultier
- 1970 : entrée chez Pierre Cardin, le jour de ses dix-huit ans.
- 1976 : première collection sous son nom.
- 1985 : la jupe pour homme, présentée à Paris.
- 1990 : le corset conique de la tournée Blond Ambition de Madonna.
- 1997 : première collection de haute couture ; dernier défilé en janvier 2020.
La maison s’est installée dans le haut du Marais, rue Saint-Martin, à deux pas du Conservatoire des arts et métiers : un quartier d’artisans et d’ateliers qui lui va mieux que le triangle d’or. Le musée des Arts décoratifs et le palais Galliera conservent ses pièces, et l’adresse est épinglée sur notre carte de Paris.
Non, aucune. Il a envoyé ses croquis aux maisons de couture et Pierre Cardin l’a engagé comme assistant le jour de ses dix-huit ans, en 1970. Il a fondé sa propre maison en 1976.
Jean Paul Gaultier, pour la tournée Blond Ambition de 1990. Ce corset rose à bonnets coniques, porté sur un costume d’homme, est devenu l’un des vêtements les plus reconnaissables du XXe siècle.
Parce qu’il en a fait dès les années 1980 la pièce centrale de son vestiaire, en la sortant de son usage populaire et maritime. Il la porte lui-même, l’a déclinée en robes, en corsets et jusque sur le flacon du parfum Le Mâle.