Dans la cave voûtée d’un ancien négociant en vins de l’avenue George-V, un antiquaire fou d’Amérique invente en 1951 un cabaret qui ne ressemble à aucun autre. Au Crazy Horse, pas de plumes ni d’escaliers dorés : Alain Bernardin conçoit un écrin rouge minuscule où des danseuses aux mensurations quasi identiques deviennent les toiles vivantes de projections lumineuses. Le nu y est un art graphique, chorégraphié au millimètre, jamais un déshabillage.
Où se trouve le Crazy Horse ? Repères sur le plan de Paris
Au 12 avenue George-V, 8e arrondissement, métro George V ou Alma-Marceau, entre les palaces de l’avenue : le George V est en face, la Seine et le pont Alexandre-III à dix minutes. Épingle sur notre carte de Paris.
Une histoire : Bernardin, peintre de femmes
Bernardin recrute selon des critères de sculpteur, harmonie des proportions plus que centimètres de jambes, et baptise ses danseuses de noms de scène devenus cultes : Polly Underground, Fuzzy Logic, Nooka Karamel. Les numéros fondateurs, du God Save Our Bareskin aux jeux de bandes lumineuses de Crisis? What Crisis?, sont réglés comme des tableaux cinétiques. La maison attire les artistes : Dita von Teese y a dansé en guest, Beyoncé s’en est inspirée, Christian Louboutin et Philippe Decouflé y ont signé des revues entières. Soixante-dix ans après, le principe n’a pas bougé d’un photon : la lumière habille, la rigueur libère.
Que voir ?
- La revue permanente et ses classiques, dont le mythique numéro d’ouverture en bonnets de gardes britanniques.
- Les créations d’invités, de Louboutin à Decouflé : le Crazy se réinvente sans se trahir.
- L’écrin lui-même : 250 fauteuils grenat, une proximité de boîte à bijoux.
Modalités et infos pratiques
- Revues : deux par soir en semaine, trois le samedi ; à partir de 105 euros environ, champagne en option.
- Site : lecrazyhorseparis.com.
- Accès : spectacle réservé aux adultes et adolescents accompagnés ; tenue élégante.
Petites histoires et grandes anecdotes
Bernardin exigeait que les danseuses signent d’un pseudonyme et gardent l’anonymat : certaines menèrent des doubles vies de normaliennes ou d’architectes que la presse ne perça jamais. Le tableau des « gardes » d’ouverture, bonnets à poil et pas cadencé, parodie la relève de Buckingham depuis 1951 sans qu’aucune reine ne s’en soit officiellement émue. Et la petitesse du lieu est une politique : « on ne regarde pas un bijou à la jumelle », disait le fondateur.
Nos conseils pour la visite
Réservez la séance de 21 h 30 et les places du deuxième rang, la géométrie des lumières s’y lit mieux qu’au premier. Avant, un verre au bar du George V met dans le ton de l’avenue ; après, dix minutes de marche mènent au pont Alexandre-III illuminé, le plus beau final qui soit. Les curieux d’autres écoles compareront avec le Moulin Rouge et le Lido : trois visions de la nuit parisienne.
Son parti pris artistique : pas de plumes ni de grands décors, mais des danseuses aux silhouettes harmonisées, sculptées par des projections lumineuses dans une salle intimiste de 250 places. Alain Bernardin l’a fondé en 1951 comme une galerie d’art vivant.
Outre les revues maison, des invités prestigieux : Christian Louboutin, Philippe Decouflé ou Ali Mahdavi ont signé des créations, et Dita von Teese s’y est produite en artiste invitée. Beyoncé a cité la maison parmi ses inspirations scéniques.
La salle est dédiée au spectacle, champagne et douceurs servis au fauteuil ; des formules dîner existent en partenariat avec des tables voisines de l’avenue George-V, avant ou après la revue.