La villa Léandre
23 bis avenue Junot, 75018 Paris
Au détour de l’avenue Junot, Montmartre parle soudain anglais. La villa Léandre aligne ses maisons de briques à bow-windows et ses rosiers sur une impasse pavée qui semble téléportée du Kent. L’illusion est si entretenue qu’une maison arbore une plaque « 10 Downing Street », qui fait photographier les passants et sourire les résidents : c’est un clin d’œil de voisinage, pas une adresse.
Sur les ruines du maquis
L’impasse est percée en 1926 sous le nom de villa Junot, à l’emplacement du maquis de Montmartre, ce bidonville d’artistes et de chiffonniers que l’urbanisation des années 1920 effaça ; le lotisseur Louis Vuldy y bâtit ses maisons anglo-normandes. Elle est renommée en 1936 d’après le caricaturiste montmartrois Charles Léandre, mort deux ans plus tôt. Le site portait jadis le moulin des Prés, dit la Béquille, effondré en 1828 dans les carrières qui minent la butte. La voie est publique depuis 1990 : on y flâne librement, à pas feutrés.
Côté célébrités, l’impasse pratique le rendez-vous manqué : l’écrivain Roger Vailland vécut au 8 bis, où l’officier polonais Roman Czerniawski, du réseau Interallié, fut arrêté par la Gestapo en 1941 ; et dans les années 1970, Michel Piccoli acheta le numéro dix pour Juliette Gréco, qui n’y vécut jamais.
Ce qu’il faut voir dans la villa Léandre
- Les façades anglo-normandes de 1926, briques, colombages décoratifs et bow-windows.
- La plaque fantaisiste « 10 Downing Street » du numéro dix, humour de copropriété.
- Les pavés et les rosiers, qui font l’impasse plus anglaise que l’Angleterre.
- L’avenue Junot au débouché, la plus élégante de la butte.
Y aller
Au 23 bis avenue Junot, dans le 18e arrondissement ; métro Lamarck-Caulaincourt. Voie publique, flânerie libre à toute heure, résidents endormis compris. La butte des peintres continue au musée de Montmartre, et la vue se prend au Sacré-Cœur, à quinze minutes de grimpette.
Le saviez-vous ?
La maison de Gréco sans Gréco est la vraie anecdote de l’impasse : Piccoli offrit le numéro dix à la chanteuse, qui ne s’y installa jamais, et la maison la plus photographiée de la villa est ainsi celle d’une absente. Quant à la rumeur qui loge Jean Marais dans l’impasse, elle circule sans source et la fiche s’en passe. La villa Léandre a ce talent montmartrois : faire naître des légendes plus vite que des faits, sur d’anciennes ruines de maquis.
Non, c’est une plaque fantaisiste posée sur la maison du numéro dix, un clin d’œil de voisinage à l’allure anglaise de l’impasse.
Percée en 1926 sous le nom de villa Junot, l’impasse fut renommée en 1936 en hommage au caricaturiste montmartrois Charles Léandre, mort en 1934.
Oui : c’est une voie publique de la Ville de Paris depuis 1990, librement accessible à pied, dans le respect du calme des résidents.
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