La cour de Rohan
Rue du Jardinet, 75006 Paris
Il faut d’abord accepter la grille. La cour de Rohan, trois courettes en enfilade entre la rue du Jardinet et la cour du Commerce-Saint-André, est privée : ses résidents ferment quand ils veulent, et le promeneur regarde souvent à travers les barreaux. Ce qu’il voit vaut la station debout : du pavé, de la vigne vierge, une margelle, et huit siècles d’histoire en trois arrière-cours.
Rouen devenu Rohan
Le nom est une déformation : la cour occupait les dépendances de l’hôtel des archevêques de Rouen, et une « rue de la Court de Rouen » est citée dès 1636 ; l’usage a glissé vers Rohan, plus prestigieux, sans qu’aucun Rohan n’y ait droit. Dans la deuxième cour se dresse la maison dite d’Henri II et de Diane de Poitiers, protégée au titre des monuments historiques : le « dite » est de rigueur, la tradition n’ayant pas laissé de bail. Aux numéros trois à sept affleurent des vestiges de l’enceinte de Philippe Auguste, et l’ensemble du site est protégé depuis 1959.
Le vingtième siècle y a logé des ateliers : Balthus s’installe à l’entrée de la cour en 1936, l’artiste américaine Sheila Hicks en 1964. La cour est restée ce mélange exact : résidence, atelier, décor.
Ce qu’il faut voir dans la cour de Rohan
- Le pas-de-mule de fer forgé, réputé le dernier de Paris : ce trépied aidait cavaliers et dames à se mettre en selle.
- La maison dite de Diane de Poitiers, brique et pierre, dans la deuxième courette.
- Les restes de la muraille de Philippe Auguste, fondus dans les maisons.
- La margelle de puits et la vigne vierge, qui font le décor des photographes depuis un siècle.
Y aller, avec philosophie
Accès par la rue du Jardinet, dans le 6e arrondissement, et par la cour du Commerce-Saint-André quand la porte de communication est ouverte ; métro Odéon. La grille est souvent close : la première courette se voit alors depuis la rue, et la chance fait le reste. Le quartier console toujours : le passage Dauphine est à trois minutes.
Le saviez-vous ?
On répète que la guillotine fut mise au point dans la cour de Rohan. C’est la légende voisine qui a débordé : la tradition situe les essais de la machine, sur des moutons, dans l’atelier du facteur de clavecins Tobias Schmidt, cour du Commerce-Saint-André, la voie mitoyenne ; et même cette version repose sur des recueils de curiosités plus que sur des archives. La cour de Rohan n’a donc, au mieux, qu’entendu les essais par-dessus le mur. Les courettes ont assez de vraies histoires pour qu’on leur épargne celle des autres.
C’est une enfilade de trois courettes privées : la grille de la rue du Jardinet est souvent fermée, et l’on regarde alors la première cour à travers les barreaux. L’ouverture dépend des résidents.
Un trépied de fer qui servait de marchepied pour monter en selle. Celui de la cour de Rohan passe pour le dernier de Paris encore en place.
Non : la tradition place les essais de la machine dans l’atelier de Tobias Schmidt, cour du Commerce-Saint-André voisine, et cette tradition elle-même reste faiblement documentée.
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