De tous les bars cachés de Paris, c’est celui dont l’entrée est la mieux racontée, et la plus franchement physique : il faut traverser une pizzeria, aller au fond, et pousser deux grandes portes de chambre froide. Derrière, le Moonshiner déroule un décor d’années vingt, cuir, brique apparente, vieux tourne-disque et papier peint Belle Époque.
Le Moonshiner et sa porte de réfrigérateur
La pizzeria s’appelle Da Vito et occupe la même adresse, au 5 rue Sedaine, dans le 11e arrondissement, à deux pas de la Bastille. Le dispositif n’a rien d’un code secret : deux sources indépendantes le décrivent dans les mêmes termes, et aucune ne fait état d’un mot de passe. Il faut simplement oser traverser une salle de restaurant et ouvrir ce qui ressemble à un frigo.
Le lieu passe pour l’un des plus anciens speakeasies parisiens, ouvert en mai 2013 selon des sources de seconde main. Il est en tout cas antérieur à la plupart de ceux qui figurent aujourd’hui sur les mêmes listes. Le fumoir, aux murs matelassés comme une porte de coffre-fort, est le détail que retiennent tous ceux qui le décrivent.
Une adresse sans site et sans nom propre
C’est la faiblesse du dossier, et il faut la dire. La maison n’a pas de site officiel, ne publie pas ses horaires, et ne nomme ni fondateur, ni chef barman, ni décorateur. Les heures qui circulent, tous les jours à partir de dix-huit heures, se recopient d’une fiche à l’autre sans jamais remonter à l’établissement.
- Aucun site officiel : attention, un nom de domaine proche mène à une marque de liquides pour cigarette électronique, sans le moindre rapport.
- Aucune distinction avec une année : la présence dans un annuaire de bars n’est pas un classement et ne donne aucun rang.
- Le bar est attribué à l’équipe de plusieurs autres adresses parisiennes, sans qu’aucun nom de personne soit jamais donné.
- La rue Sedaine fait sept cent cinquante-trois mètres sur douze de large, quartier de la Roquette.
- Entre la rue Saint-Sabin et la rue Popincourt, elle a englobé l’ancienne impasse Saint-Sabin, appelée auparavant cul-de-sac des Jardiniers, qui figure sur le plan de Jaillot de 1770.
- Le numéro 5 n’est pas protégé au titre des monuments historiques.
Ce que le mot veut dire
La plaque de la rue, que montre l’image, apprend au passant qui était Sedaine : un auteur dramatique né en 1719, mort en 1797, membre de l’Académie française. Un moonshiner, lui, est dans l’Amérique de la prohibition un distillateur clandestin : celui qui travaille à la lumière de la lune pour échapper aux agents du fisc. Le mot dit donc exactement ce que le lieu met en scène, une fabrication cachée derrière un commerce ordinaire, et la pizzeria joue ici le rôle que tenaient les drugstores et les salons de coiffure des années vingt.
Reste que la mise en scène a ses limites pratiques. Si la pizzeria ferme, l’accès au bar disparaît avec elle : c’est le risque particulier de ce genre d’adresse, et il vaut la peine d’un appel. Pour une soirée dans le même quartier, l’Opéra Bastille est à dix minutes à pied.
Le saviez-vous ? Un bar qui ne se vend pas
À l’heure où le moindre comptoir publie sa carte, ses horaires et ses photographies, celui-ci n’a rien de tout cela. Pas de site, pas de communiqué, pas de nom de barman. Dans un métier qui vit de sa visibilité, c’est ou bien une négligence, ou bien la stratégie la plus cohérente qui soit avec l’enseigne.
On notera, pour les amateurs de symétrie parisienne, que le plus ancien des bars cachés de la capitale n’est même pas le plus ancien bar américain de la ville : celui-là, le Harry’s New York Bar, sert rue Daunou depuis 1911, et n’a jamais eu besoin de se cacher derrière quoi que ce soit.
Par la pizzeria Da Vito, au 5 rue Sedaine. Au fond de la salle, deux grandes portes de chambre froide s’ouvrent sur le bar. C’est le dispositif d’accès le mieux décrit de tous les bars cachés de Paris, et il n’y a pas de mot de passe.
Aucune source officielle ne permet de l’affirmer : la maison n’a pas de site. Les avis les plus récents datent de 2026 et l’office de tourisme régional la référence toujours. Mieux vaut téléphoner avant de se déplacer.
Un moonshiner est un distillateur clandestin, celui qui travaillait à la lune pendant la prohibition américaine. Le décor suit : appareils des années 1920, cuir, brique et un fumoir aux murs matelassés.
Le carnet continue
Bars
Le Café Laurent
6e arrondissement
Divine House
2e arrondissement
Le bar de la Maison Souquet
9e arrondissement
Le Bar de l’InterContinental Paris Le Grand
9e arrondissement
Goldie
6e arrondissement
Le Charles, au Burgundy
1er arrondissement
Gentlemen 1919
8e arrondissement