De l’extérieur, rien. La maison l’écrit elle-même : rien ne permet de deviner ce qu’abrite le 10 rue de Bruxelles, dans le 9e arrondissement. Il faut pousser la porte, traverser deux salons et écarter un lourd rideau de velours pour trouver le bar de la Maison Souquet, entre un comptoir et une bibliothèque de livres anciens.
Le bar de la Maison Souquet et la maison de plaisirs de 1905
L’hôtel ne cache pas ce qu’il fut, il en a fait son sujet. La maison écrit qu’elle était inscrite au registre des maisons de plaisirs et qu’elle avait ouvert ses portes en 1905, et que Jacques Garcia, en la transformant, en a conservé les codes. L’enfilade des salons reproduit la topographie du lieu : un premier salon de discussion réservé aux hommes, un deuxième de présentation, un troisième pour le verre ou le cigare.
Il faut cependant se garder d’une conclusion que l’on lit souvent. On attribue volontiers la fin de ces établissements à la loi du 13 avril 1946, dite loi Marthe Richard, qui ferma les maisons de tolérance. Pour celle-ci, rien ne l’établit : la seule chronologie disponible la donne transformée en hôtel ordinaire dès 1907, soit quarante ans plus tôt. La loi est un contexte, pas une cause.
Un décor de 1895 venu de Bruxelles
Le premier des trois salons, dit des Mille et Une Nuits, n’a pas été dessiné pour la maison : il a été conçu en 1895 pour un aristocrate belge, dans son hôtel particulier bruxellois, puis démonté, adapté et remonté ici après six mois de travail d’artisans. Murs tendus de cuir de Cordoue, lustre de verre de Murano en forme de pagode.
- Le bar occupe le Salon des Petits Bonheurs, le deuxième de l’enfilade.
- Le troisième est un jardin d’hiver, prolongé par un petit jardin.
- Le bar à cocktails ouvre à dix-sept heures et ferme à une heure.
- Les salons accueillent les non-résidents dès sept heures pour le petit-déjeuner.
- Le décor de l’ensemble est de Jacques Garcia, né le 25 septembre 1947 à Malakoff.
- La maison compte vingt chambres, et l’hôtel cinq étoiles a ouvert en janvier 2015 après deux ans de travaux.
Une rue de capitale, et un romancier
La rue de Bruxelles court sur trois cent vingt mètres, douze de large, entre le 5 de la place Blanche et le 78 de la rue de Clichy, dans le quartier Saint-Georges. Elle doit son nom à la capitale belge et au voisinage de la place de l’Europe, dont les voies portent toutes des noms de villes.
La maison rappelle volontiers que c’est la rue où vécut Émile Zola, l’auteur de Nana. C’est exact, et à quelques numéros seulement : une plaque le signale au 21 bis, où l’écrivain est mort. Entre le romancier qui décrivit la prostitution du Second Empire et la maison de plaisirs ouverte quelques années après sa mort, la rue a de quoi nourrir les guides.
Le saviez-vous ? Le bar n’a pas de nom
Contrairement à ce que laissent croire les listes de bars cachés, il n’y a ici aucune enseigne à retenir. La maison parle de ses salons, et son formulaire de réservation d’un bar à cocktails, sans plus. Écrire le bar de la Maison Souquet est donc exact ; lui inventer un nom ne le serait pas.
De même, ce n’est pas un bar à porte dérobée. Ce qui fait le secret, c’est une façade volontairement muette et un rideau de velours, pas un mécanisme ni un mot de passe. Le quartier, entre Monceau et Pigalle, en a vu d’autres : la place Blanche est à cent mètres, et la topographie de la nuit parisienne y a peu changé depuis un siècle. Le musée de la Vie romantique en raconte une autre page.
Elle l’écrit elle-même : inscrite au registre des maisons de plaisirs, ouverte en 1905. Une source encyclopédique ajoute qu’elle serait devenue un hôtel ordinaire dès 1907, ce que l’établissement ne confirme pas. La loi de 1946 n’y est donc probablement pour rien.
À 17 heures, et jusqu’à 1 heure du matin, d’après la maison. Les salons, eux, ouvrent dès 7 heures aux non-résidents pour le petit-déjeuner. Aucun jour de fermeture hebdomadaire n’est annoncé.
Dans le Salon des Petits Bonheurs, le deuxième d’une enfilade de trois, entre le comptoir et une bibliothèque de livres anciens. Le salon est dissimulé derrière un lourd rideau de velours.
Le carnet continue
Bars
Le Bar de l’InterContinental Paris Le Grand
9e arrondissement
Little Red Door
3e arrondissement
Moonshiner
11e arrondissement
The Confidential
8e arrondissement
Divine House
2e arrondissement
Le Café Laurent
6e arrondissement
Harry’s New York Bar
2e arrondissement