Le nom annonce la couleur, et la maison ne s’en cache pas : The Confidential, bar de l’hôtel Les Jardins du Faubourg, au 9 rue d’Aguesseau dans le 8e arrondissement, ne se dévoile, écrit-elle, qu’aux hôtes et aux initiés. Décor contemporain, boudoir à l’abri des regards et de la ville, et une porte qui ne dit pas son nom.
The Confidential, un secret de politique et non de porte
Il faut être précis sur ce point, parce que les listes de bars cachés entretiennent la confusion. Ici, aucune porte dérobée, aucun mécanisme, aucun mot de passe : ce qui filtre, c’est la réservation, à demander par courriel. Le lieu est un bar d’hôtel réservé aux clients et à ceux qui savent. La différence avec un bar caché derrière une chambre froide est de nature, pas de degré.
L’hôtel ne publie aucun horaire de bar, ni sur sa page française ni sur l’anglaise, ce qui se vérifie mot à mot. Une seule source de presse avance quinze heures à vingt-deux heures quarante-cinq. Une source unique n’est pas un horaire, et mieux vaut demander que se déplacer.
Un maréchal qui n’a jamais existé
Voici l’erreur la plus répandue sur cette adresse. Plusieurs articles écrivent que l’hôtel occupe l’ancien hôtel particulier du maréchal d’Aguesseau. Cette qualité n’existe pas. Le fichier des voies de la Ville de Paris donne l’origine du nom de la rue sans ambiguïté : Joseph-Antoine d’Aguesseau, conseiller honoraire au Parlement, créateur d’un marché dans le quartier, propriétaire des terrains.
Quant au d’Aguesseau célèbre, Henri François, il fut chancelier de France, ce qui est une charge de justice et non un grade militaire. De maréchal, point. La confusion vient probablement d’une brochure recopiée, et elle a prospéré comme prospèrent ces choses-là.
Une rue de 1723 et son marché disparu
- La rue d’Aguesseau mesure cent soixante-quinze mètres de long sur dix de large, dans le quartier de la Madeleine.
- Elle va du 60 de la rue du Faubourg-Saint-Honoré au 23 de la rue de Surène.
- Elle a été ouverte en 1723.
- La rue Montalivet, qui y débouche au numéro 13, s’appelait rue du Marché-d’Aguesseau avant un décret du 27 février 1867 : c’est la trace du marché fondé par le propriétaire des terrains.
- Aucune protection au titre des monuments historiques n’a été trouvée pour le numéro 9.
- L’hôtel compte trente-six chambres dont quatre suites, d’après la presse, un chiffre que la maison ne confirme pas.
L’hôtel aurait ouvert en mai 2019, date donnée par la presse et non confirmée par l’établissement, dont la société exploitante a été créée en juin 2015. Entre l’acquisition et l’ouverture, quatre ans de travaux : c’est un rythme banal pour ce genre d’adresse dans ce quartier.
Le saviez-vous ? Une carte signée, mais par qui aujourd’hui
La presse spécialisée attribue la carte de cocktails à une cheffe barmaid formée à Ferrandi, Emma Michel, dans des articles de 2024. L’hôtel, lui, ne la nomme pas : ses pages parlent du barman de la maison, au masculin dans la version anglaise. Impossible de dire qui tient le shaker aujourd’hui, et c’est le genre de détail qui périme vite dans ce métier.
Le quartier, lui, ne manque pas de repères. L’église de la Madeleine est à cinq minutes, et la galerie de la Madeleine juste derrière : entre le faubourg Saint-Honoré et la place, la rue d’Aguesseau reste l’une des plus discrètes du secteur, ce qui convient assez bien à un bar qui se vante de ne pas se montrer.
L’hôtel écrit qu’il ne se dévoile qu’aux hôtes et aux initiés, et propose de réserver par courriel. Ce n’est donc pas un bar à porte dérobée mais un bar d’hôtel à accès filtré : la confidentialité tient à la politique d’entrée, pas à un mécanisme.
L’hôtel n’en publie aucun, ni en français ni en anglais. Une seule source de presse avance quinze heures à vingt-deux heures quarante-cinq, sans confirmation. Mieux vaut réserver et demander.
De Joseph-Antoine d’Aguesseau, conseiller honoraire au Parlement, créateur d’un marché dans le quartier et propriétaire des terrains. La rue voisine s’appelait d’ailleurs rue du Marché-d’Aguesseau jusqu’en 1867.
Le carnet continue
Bars
Le Ritz Bar
1er arrondissement
Gentlemen 1919
8e arrondissement
Goldie
6e arrondissement
La Mezcaleria
3e arrondissement
Le Grand Salon du Hilton Paris Opéra
8e arrondissement
Doris Bar
16e arrondissement
LPC, au Sofitel Paris Baltimore
16e arrondissement
Le bar bibliothèque du Saint James
16e arrondissement