L’hôtel de Lauzun
17 quai d'Anjou, 75004 Paris
Depuis le quai d’Anjou, il faut lever les yeux sur les gouttières : leurs descentes s’achèvent en dauphins dorés, seule fantaisie d’une façade par ailleurs sévère. L’hôtel de Lauzun pratique la litote : dehors presque rien, dedans l’un des décors du dix-septième siècle les plus somptueux de Paris, plafonds peints et ors à profusion, que la Ville n’ouvre qu’au compte-gouttes.
Le financier, le duc, les poètes
Bâti de 1656 à 1658 pour le financier Charles Gruyn, enrichi dans les fournitures aux armées, l’hôtel est attribué à l’architecte Charles Chamois. Le duc de Lauzun, favori disgracié puis pardonné de Louis XIV, ne le posséda que trois ans, de 1682 à 1685, sans guère y vivre : il suffit d’un bail aristocratique pour baptiser un immeuble. Le dix-neuvième siècle romantique fit le reste : d’octobre 1843 à septembre 1845, Baudelaire loge sous les combles, et dans les salons du peintre Boissard de Boisdenier se réunit le club des Hachichins, où Gautier, Baudelaire et quelques autres tâtent de la confiture verte, le dawamesk, sous observation médicale à peine déguisée.
Classé monument historique en 1906, acheté par la Ville en 1928, l’hôtel héberge aujourd’hui l’Institut d’études avancées, qui y loge des chercheurs du monde entier. Il n’est pas ouvert au public hors événements ponctuels, et c’est très bien ainsi : le quai garde le secret.
Ce qu’il faut voir à l’hôtel de Lauzun
- Les descentes de gouttières à dauphins dorés, signature du quai d’Anjou.
- Le balcon de fer doré au-dessus de la porte, seule concession de la façade au faste intérieur.
- Le quai d’Anjou lui-même, le plus calme de l’île Saint-Louis, à parcourir au couchant.
- Lors des rares ouvertures, les plafonds peints et les cabinets dorés du dix-septième siècle.
Y aller
Au 17 quai d’Anjou, sur l’île Saint-Louis, dans le 4e arrondissement ; métro Pont Marie. L’extérieur se contemple librement à toute heure ; l’intérieur ne s’ouvre qu’à l’occasion d’événements et de visites exceptionnelles. Sur l’autre rive du bras de Seine, l’hôtel d’Aumont montre son jardin, et le Marais des hôtels commence au pont Marie, l’hôtel de Sully en tête.
Le saviez-vous ?
Le club des Hachichins doit beaucoup à sa légende et un peu moins à ses excès : les séances des années 1840, dawamesk servi en confiture, tenaient autant de l’expérience encadrée que de l’orgie littéraire, et Baudelaire, de son propre aveu, y fut plus observateur que consommateur. Il en tira des pages définitives sur les paradis artificiels, écrites en partie sous les toits de cette maison. Les plafonds dorés ont vu passer la bohème la plus studieuse de Paris : celle qui prenait des notes.
Pas librement : propriété de la Ville et siège de l’Institut d’études avancées, il ne s’ouvre qu’à l’occasion d’événements ponctuels et de visites exceptionnelles. La façade et ses dauphins dorés se voient du quai.
Un cercle des années 1840 réuni dans les salons du peintre Boissard de Boisdenier, locataire de l’hôtel : Gautier, Baudelaire et leurs amis y goûtaient le dawamesk, une préparation de haschisch, en observateurs autant qu’en adeptes.
Oui, sous les combles, d’octobre 1843 à septembre 1845. C’est l’une de ses adresses parisiennes les plus fécondes, au cœur de l’île Saint-Louis.
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