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SECRET PARISIEN

Paris, le samedi 19 septembre 2026

7e Arrt
ruede Lille
Hôtels particuliers et cours 7e arrondissement

L’hôtel de Beauharnais

78 rue de Lille, 75007 Paris

La façade sur cour de l'hôtel de Beauharnais et son portique égyptien, résidence de l'ambassadeur d'Allemagne
Jospe, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons

Un portique égyptien en plein faubourg Saint-Germain : colonnes palmiformes, corniche à gorge, tout l’attirail du Nil plaqué sur une façade de 1715. L’hôtel de Beauharnais est la folie architecturale d’Eugène, fils adoptif de Napoléon, et la résidence de l’ambassadeur d’Allemagne depuis plus d’un demi-siècle. Entre les deux, une histoire franco-allemande complète, corbeille à papier comprise.

Les factures d’Eugène et l’achat prussien

Bâti en 1713 sur des plans de Germain Boffrand, qui le revend dès 1714 au diplomate Colbert de Torcy, l’hôtel traverse le siècle avant de rencontrer son personnage : en 1803, Eugène de Beauharnais l’achète deux cent mille francs et entreprend de le remeubler à la hauteur de son rang. Les travaux atteignent un million et demi de francs, le portique à l’égyptienne est ajouté en 1807 lors de la rénovation menée par l’architecte Bataille, et Napoléon, qui recevait les factures, s’en fâcha tout net : l’anecdote est assumée par la résidence elle-même. Le 4 février 1818, l’hôtel est vendu cinq cent soixante-quinze mille francs à Frédéric-Guillaume III de Prusse, qui l’occupait depuis 1814 : légation, puis ambassade, puis résidence, la maison n’a plus quitté le giron allemand, hors les guerres.

Classé monument historique en 1951, l’hôtel conserve l’un des décors Empire les plus complets d’Europe, entretenu avec un soin d’orfèvre par son propriétaire fédéral.

Ce qu’il faut voir à l’hôtel de Beauharnais

  • Le portail sur la rue de Lille, seule vue libre : le portique égyptien se cache côté cour.
  • En visite guidée, le portique de 1807 et ses colonnes palmiformes, l’égyptomanie à son sommet.
  • Les salons Empire, boudoir turc compris, parmi les mieux conservés qui soient.
  • Le contraste des drapeaux : une folie napoléonienne sous pavillon allemand.

Y aller

Au 78 rue de Lille, dans le 7e arrondissement ; métro Assemblée nationale. Résidence de l’ambassadeur d’Allemagne : visites guidées officielles deux fois par mois hors été, sur inscription auprès de l’ambassade, et Journées du patrimoine. Depuis la rue, seul le portail se donne. Le faubourg des hôtels continue vers l’hôtel de Galliffet et, pour les collections, le musée Rodin.

Le saviez-vous ?

En septembre 1894, une femme de ménage au service du renseignement français récupère, dans une corbeille de l’ambassade d’Allemagne, les fragments d’un bordereau promettant des documents militaires. L’ambassade, c’est ici. De cette corbeille de l’hôtel de Beauharnais sort l’affaire Dreyfus, douze ans de déchirement national, la révision, Zola, tout. L’ambassade d’Allemagne le raconte elle-même dans l’histoire de sa résidence : peu de maisons peuvent se vanter d’avoir changé l’histoire de France par leur panier à papier.

Peut-on visiter l’hôtel de Beauharnais ?

Oui, sur inscription : l’ambassade d’Allemagne organise des visites guidées deux fois par mois, sauf en été, et ouvre aux Journées du patrimoine. Depuis la rue, seul le portail est visible.

D’où vient le portique égyptien ?

Il fut ajouté en 1807, lors de la rénovation menée pour Eugène de Beauharnais par l’architecte Bataille, en pleine égyptomanie née de la campagne d’Égypte. Les travaux, très coûteux, déplurent à Napoléon.

Quel lien entre cet hôtel et l’affaire Dreyfus ?

Le bordereau à l’origine de l’affaire fut récupéré en 1894 dans une corbeille à papier de l’hôtel, alors ambassade d’Allemagne, par une agente du renseignement français.

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