La rotonde de la Villette
Place de la Bataille-de-Stalingrad, 75019 Paris
On l’a prise pour un temple, une halle au grain, une gare. La rotonde de la Villette n’était rien de tout cela : ce grand tambour à arcades posé sur une croix de portiques, face au bassin, était un bureau de perception. On y taxait le vin, le bois, le bétail qui entraient dans Paris. Rarement un impôt aura reçu pareille architecture.
Le mur qui rendait Paris murmurant
Dans les années 1780, la Ferme générale, qui afferme les impôts du roi, fait ceindre Paris d’un mur fiscal : le mur des Fermiers généraux, percé de dizaines de barrières où l’on acquitte l’octroi. L’architecte Claude-Nicolas Ledoux reçoit la commande des pavillons et s’offre un rêve : des propylées pour une frontière d’impôts, chaque barrière traitée comme un monument antique. Celle de Saint-Martin, à la Villette, achevée vers 1788, est la plus vaste de toutes.
Les Parisiens n’y ont jamais vu de l’art. Dans les premiers jours de juillet 1789, avant même la Bastille, la colère brûle les barrières en série. Quatre seulement traversent les siècles : la Villette, la rotonde du parc Monceau, les colonnes du Trône et les pavillons de Denfert. L’octroi survit, lui, jusqu’au vingtième siècle, mais le mur tombe avec l’annexion de 1860. La rotonde, classée monument historique dès 1907, a été réhabilitée entre 2009 et 2011 ; elle abrite désormais un restaurant et des expositions, et son parvis regarde le bassin.
Ce qu’il faut voir autour de la rotonde de la Villette
- Le jeu des volumes de Ledoux : un cylindre à galerie d’arcades posé sur une croix grecque à portiques, pur exercice de géométrie.
- Les colonnes trapues des portiques, ce dorique massif qui fit école chez les architectes visionnaires.
- La perspective sur le bassin de la Villette, creusé vingt ans après elle, qui lui offre le miroir d’eau que Ledoux n’avait pas prévu.
- Le panneau Histoire de Paris, côté place, qui raconte l’octroi.
Y aller, et retrouver ses sœurs
Place de la Bataille-de-Stalingrad, métro Stalingrad ou Jaurès ; l’extérieur se voit en permanence, l’intérieur vit au rythme du restaurant et des expositions. Les trois autres survivantes du mur se visitent du regard : la rotonde de Chartres à l’entrée du parc Monceau, et les colonnes de la barrière du Trône à la Nation.
Le saviez-vous ?
Le mot fameux, « le mur murant Paris rend Paris murmurant », est presque toujours attribué à Beaumarchais. L’attribution arrange tout le monde, mais les recueils sérieux notent seulement que Beaumarchais citait l’alexandrin, déjà en circulation en 1785. L’auteur du meilleur slogan fiscal de l’histoire de Paris reste donc anonyme, et le mur qu’il moquait n’existe plus que par quatre monuments, dont cette rotonde que les émeutiers de 1789, on ne sait trop pourquoi, ont épargnée.
C’était le bureau d’octroi de la barrière Saint-Martin : on y percevait les taxes sur les marchandises entrant dans Paris par le mur des Fermiers généraux. Ledoux l’a achevée vers 1788.
Quatre : la rotonde de la Villette, la rotonde de Chartres au parc Monceau, les colonnes de la barrière du Trône et les pavillons de la place Denfert-Rochereau.
Oui, depuis sa réhabilitation achevée en 2011, elle abrite un restaurant et un espace d’expositions. Le monument lui-même se contemple librement depuis la place et le bassin.
Le carnet continue
Vestiges
La colonne Médicis
1er arrondissement
Les dalles de la guillotine, rue de la Croix-Faubin
11e arrondissement
Le regard de la Lanterne
19e arrondissement
Les vestiges de la Bastille
4e arrondissement