C’est une maison de plaisance devenue jardin de collection, et elle a gardé l’humeur de ses débuts. Le parc de Bagatelle, vingt-quatre hectares clos dans le bois de Boulogne, entoure la folie que le comte d’Artois fit élever à l’automne 1777 à une vitesse qui fit jaser tout Paris. Tout autour, un jardin anglais semé de fabriques, un bassin de nymphéas, et la roseraie où l’on juge chaque juin les roses nouvelles du monde entier.
Où se trouve le parc de Bagatelle ? Repères sur le plan de Paris
Au nord du bois de Boulogne, dans le 16e arrondissement, route de Sèvres à Neuilly. On entre par la grille d’Honneur, depuis l’allée de Longchamp, ou par la grille de Sèvres. Le bus 244 s’arrête à Bagatelle-Pré Catelan, à deux cents mètres de la grille d’Honneur, et le bus 43 dessert l’arrêt Parc de Bagatelle. L’épingle marque le château, au centre du domaine.
Bagatelle est l’un des quatre sites du Jardin botanique de Paris, avec le jardin des serres d’Auteuil à l’autre bout du bois. Les deux jardins portent le label Jardin remarquable.
Une histoire : le parc de Bagatelle et la folie d’Artois
La maison existe avant le prince : le nom de « Bagatel » apparaît dès 1736 dans les registres paroissiaux de Villiers. Le 1er novembre 1775, le comte d’Artois, frère de Louis XVI, en signe l’achat. Deux ans plus tard, il la fait raser pour la rebâtir de fond en comble, sur les plans de l’architecte François-Joseph Bélanger, avec l’idée d’y donner une fête à Marie-Antoinette.
Le chantier tourne aussitôt à la légende. Le 22 octobre 1777, les Mémoires secrets rapportent qu’Artois a parié cent mille francs avec la reine que ce « palais de fée » serait achevé pendant le voyage de la cour à Fontainebleau, et comptent huit cents ouvriers. L’ambassadeur Mercy-Argenteau, qui écrit à l’impératrice Marie-Thérèse le 19 novembre, ne dit pas un mot du pari : il décrit neuf cents ouvriers employés jour et nuit pendant six ou sept semaines, et des patrouilles de gardes suisses qui saisissent sur les routes les voitures de pierre, de chaux et de plâtre. Les fameux soixante-quatre jours viendraient, eux, de la légende d’une gravure.
Le jardinier écossais Thomas Blaikie dessine en 1778 le jardin anglo-chinois, et le sculpteur Philippe-Laurent Roland livre en 1781 des sphinges pour la cour d’honneur. Épargné par la Révolution, devenu bien de l’État, racheté sous l’Empire par Napoléon, le domaine est vendu en 1835 à Richard Seymour-Conway, futur marquis de Hertford, qui double la surface des jardins et les fait redessiner à l’anglaise par Louis-Sulpice Varé.
À sa mort en 1870, son héritier Richard Wallace, celui des fontaines Wallace, fait construire le Trianon, les pavillons de gardes et les terrasses par l’architecte Léon de Sanges. La Ville de Paris achète le domaine en 1905 et le confie à Jean-Claude-Nicolas Forestier, qui en fait un jardin de collections. Le 17 janvier 1906, le collectionneur Jules Gravereaux offre à la Ville 1 500 espèces et variétés choisies dans sa roseraie de L’Haÿ : la roseraie de Bagatelle est née.
Ce qu’il faut voir au parc de Bagatelle
- La roseraie, collection nationale de roses nouvelles enrichie chaque année d’une centaine de variétés, que domine un kiosque d’inspiration turque.
- Le château de Bélanger et sa cour d’honneur, gardée par quatre sphinges, dont deux originales de Roland.
- Le bassin des nymphéas, aménagé dès 1905, et son hêtre pleureur planté en 1868.
- La grotte des Quatre Vents coiffée du kiosque des philosophes, les fausses ruines de l’abbaye de Longchamp et le Pagodon, copie d’une fabrique chinoise replacée en 1996.
- Le jardin des Présentateurs, ses arches de glycines et de clématites, où les horticulteurs venaient montrer leurs nouveautés.
- Un platane planté en 1847, haut de quarante mètres, l’un des géants parmi les arbres remarquables du parc.
Modalités et infos pratiques
Le parc ouvre tous les jours à 9 h 30 et ferme à 20 heures en septembre, à 18 h 30 à partir d’octobre. L’entrée est payante du 1er avril au 30 septembre, 2,80 euros en 2026 avec un tarif réduit sous conditions, et gratuite d’octobre à mars. Le concours international de roses nouvelles se tient traditionnellement le troisième jeudi de juin : sa 119e édition a eu lieu le 18 juin 2026. La roseraie se visite de préférence le matin, quand la lumière est douce et les allées encore vides.
Le château, confié à la Fondation Mansart, est en restauration depuis mai 2021 : façades, toitures et menuiseries d’abord, puis le Trianon, et maintenant les décors intérieurs. Il ne s’ouvre au public que lors d’ouvertures exceptionnelles, comme les Journées du patrimoine de septembre 2025.
Le saviez-vous ? Le nom de Bagatelle est plus vieux que la folie
On lit souvent que le nom de Bagatelle moquait le coût de la folie du comte d’Artois. Les archives disent autre chose : il figure dans les registres de Villiers près de quarante ans avant l’achat de 1775. La tradition qui fait de Mlle de Charolais la châtelaine galante du lieu ne résiste pas mieux : aucune pièce de l’époque ne dit qu’elle l’ait possédé ou habité.
Autre paradoxe, les jardins ne sont pas protégés au titre des monuments historiques. L’arrêté du 20 décembre 2022 classe le château, le Trianon, les pavillons de garde et les terrasses, mais pas le parc, dont la Commission du Vieux Paris réclamait la protection dès 2019. Le site classé du bois de Boulogne, qui l’englobe depuis 1957, veille en attendant.
Oui, du 1er avril au 30 septembre : 2,80 euros en 2026, avec un tarif réduit sous conditions. D’octobre à mars, l’entrée est gratuite, comme pendant certains week-ends de fête, Journées du patrimoine comprises.
La roseraie est à son sommet en juin, au moment du concours international de roses nouvelles, qui se tient traditionnellement le troisième jeudi du mois. Bien des variétés refleurissent ensuite jusqu’à l’automne.
C’est la légende. Les témoins de 1777 parlent de six ou sept semaines et de huit à neuf cents ouvriers ; le pari de cent mille francs avec la reine n’est rapporté que par une gazette, et les travaux ont continué plusieurs années.
Le carnet continue
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